Fin de la récréation. Immersion en terrain peuplé.

Fin de la récréation. Immersion en terrain peuplé.

Valérie-Jessica Les défis Laissez un commentaire

Novembre et décembre sont des mois d’une intensité remarquable en ce qui concerne les événements sociaux. Bien reposée par l’absence de soirées chics durant l’année entière, je sais que la dose annuelle commence maintenant. Cette fois, je suis pleine de bonne volonté. Je vais mettre toutes les chances de mon côté pour que cela se passe bien. On va attaquer les problèmes un à la fois.

Arghh, je ne m’endure pas dans mes vêtements !

Problème numéro un, les bas. N’ayant eu aucun mariage dans mon entourage cette année, ça fait bien 10 mois et demi que je n’ai pas enfilé de bas de nylon. Vous savez cette ceinture de chasteté censée vous mettre en valeur qui en fait vous compacte dans ses filets malveillants ? Quand je pense novembre je ne me dis pas, oh non c’est triste les feuilles vont tomber et il va faire froid, non. Je me dis, je vais devoir essayer d’être masochiste un instant pour faire correctement un saucisson de mon corps. Je me dirige donc dans une boutique pour les dames âgées et tente d’illustrer la problématique à la vendeuse en expliquant la relation tendue que je vis avec mes bas. Je me dis, ils doivent avoir des modèles spécial confort pour les dames d’un certain âge ? Il me semble que lorsque tu as 80 ans, tu ne veux pas te faire souffrir ? J’y vais à 13 h en pleine semaine et je suis la seule cliente, c’est vide, on entend l’écho dans les corridors du minuscule centre d’achat. Merveilleux, tout va bien se passer. La vendeuse, d’une patience exquise extrait plusieurs petites boites de carton calligraphiées à la main et sorties d’un autre âge tel des trésors cachés et fini par me laisser repartir avec des bas deux tailles plus hautes que la mienne pour que je sois moins en panique en les portant. Bon, ils devront être remontés de temps à autre au cours de la soirée, parce qu’ils vont avoir tendance à descendre, mais il seront moins agressif envers mes pauvres pattes. Bonne chose de réglée.

J’ai trop de cheveux !

Problème numéro deux. Les 100 000 ficelles qui ornent le dessus de mon crâne. Je tente une approche innocente avec gentil conjoint ? Tu crois que ce serait joli une tresse de côté ? Comme sa réponse est plutôt une série d’onomatopées indécis, je comprends qu’il considère que je devrais réévaluer ma solution. Je ne peux pas aller me faire coiffer, comme je lui mentionne, je ne désire pas avoir des cheveux qui ne sont pas mes vrais cheveux. Il rit. « Ben voyons, comment ça pas tes vrais cheveux, ce ne sont pas des faux cheveux ? » Je n’ai nulle envie d’exhiber une sculpture défiant la gravité au sommet de mon être. En plus, c’est certain, je décèlerais les moindre gouttes du produit chimique nécessaire au maintien de ladite sculpture bloquant l’accès de l’oxygène vers ma boîte crânienne. Et l’odeur ? Vous sentez quoi vous madame ? « Oh, moi ? Le factice voyons, c’est la dernière tendance. Vous ne saviez point ? » Je n’ai jamais fais coiffer mes cheveux, oh oui ! une seule fois. L’horreur. Dès lors, l’an passé j’avais simplement repassé mes cheveux bien droit. C’était bien graphiquement parlant. Symétrique, simple, adéquat. Mais comme à chaque moment de stress j’ai de grosses bouffées de chaleur, les cheveux s’étaient mis à coller partout sur mon visage tels des milliers de minuscules sangsues affamées. Et ça, c’est quelque peu inconfortable. Eurêka. Cheveux bien droit et tout ce qui est devant les oreilles ramené à l’arrière avec une petite pince qu’on ne sent pas trop.

Je vais survivre. Je tente de m’en convaincre et je fais de la visualisation. La soirée commence bien. J’ai décidé que je serais de bonne humeur. Je suis contente c’est vaste. je ne cesse de le mentionner à mon amoureux. « C’est l’fun, c’est grand, on est pas serré, c’est bien. » Après quelques mentions de cette étonnante situation mon conjoint commence à me préparer mentalement. La phrase qui tue sort subtilement de sa bouche. « C’est parce que les gens ne sont pas arrivés chérie. On est environ 50 maintenant. Tout à l’heure on sera plus de 800. » Grand yeux écarquillés apeurés. Effectivement, peu après, un afflux assez important m’emporte. je m’accroche à lui comme à une bouée de sauvetage et ne cesse de lui reprocher de se déplacer trop vite. J’ai beaucoup beaucoup trop chaud et j’ai mal partout. J’ai même mal à la peau sous les branchons de mes lunettes. Quand j’y touche c’est comme si j’avais deux gros ecchymoses derrière les oreilles. C’est que je suis tellement tendue.

Même la robe m’énerve !

J’ai un tout mini problème avec ma robe. Le tissu est trop léger et j’ai toujours l’impression qu’elle n’est plus là. Elle est totalement décente et pas courte du tout. Ceci ne m’empêche pas de valider aux trente secondes qu’elle est toujours à sa place derrière, qu’elle n’a pas remonté. Pour ce faire, je ne cesse de mener ma main à mes fesses et ça doit sembler louche. Il n’y a aucune raison logique pour qu’elle effectue quelque déplacement imprévu que ce soit, mais c’est un peu de paranoïa qui s’installe. Je me parle, je tente de cesser, mais je n’y arrive pas tout à fait à mon grand désarroi. Si je réussis à ne plus le faire un moment, je me mets à ressentir le vent sous la robe et je demeure persuadée que je suis à découvert, il faut donc que je confirme à nouveau la stabilité de l’emplacement du vêtement. Zut.

Prosopagnosie (non reconnaissance des visages humains)

Mon conjoint se plait à rigoler parce que je ne reconnais pas mes propres clients dans la foule. Il les récupère donc et les ramène pour moi. Avec beaucoup d’humour, il dédramatise en mentionnant en riant que je ne reconnais personne, que je suis une artiste et donc que je vis dans une bulle dans ma tête. Je trouve cette explication acceptable. Personne n’a peur des artistes. Incroyable. On remplace une seule lettre dans ce mot (artiste), et le sens change complètement. Les créatifs sont des gens bizarres, c’est établi. Sa définition simplifiée de ma personnalité est donc bien adaptée à ce genre de situation. Ce serait trop intense de dire… euh, oui en passant, ma blonde est asperger, alors quand elle comprend tout de travers ou agit bizarrement c’est pas grave, on ne s’en fait pas. Ça ne se lance pas comme ça. C’est quelque chose qui demande une approche particulière et du temps devant soi.

L’humour renforce notre instinct de survie et sauvegarde notre santé d’esprit.Charlie Chaplin

De plus, lorsque je suis trop rigide ou coincée dans une conversation il fait des blagues en me taquinant sur le fait que je n’apprécie pas ce genre de soirée. Que c’est très difficile pour moi les foules. En utilisant l’humour de la sorte, il m’enlève une bonne pression, parce que les gens comprennent mieux et prennent conscience que je fais de gros efforts. De plus, ils peuvent en rire. C’est totalement et définitivement une bonne stratégie.

Comme si mes efforts entiers étaient réduits à néant.

Par contre, je me sens un peu comme un boulet lorsqu’il entreprend sa tournée générale. Et lui aussi, il me trouve lourde tout à coup. Il fini donc par me livrer aux bons soins de notre ami commun afin de zigzaguer avec plus d’efficacité à travers l’amas d’humains. Il désire dire bonjour à tout le monde. Par conséquent, départ de l’amoureux vers d’autres contrées à l’autre bout de la salle… On est plutôt à l’extérieur du groupe, ce qui me donne une petite pause. Mon répit fut de courte durée puisque les lumières se mirent à clignoter, comme à la petite école, pour exiger un moment de silence. Le groupe doit se déplacer vers une nouvelle salle. Je demande donc qu’on attende mon chéri. Mais notre ami ne veut pas. J’insiste et il me sors : « Si tu l’attends tu vas l’attendre tout ta vie, il n’a qu’à suivre. Tu montes ou tu reste là ? » J’ai beau lui servir mon regard des plus désespéré il m’abandonne sur place. Je reste plantée là en retrait un bon moment. C’est désolant, la soirée allait bien, je gérais. Je ne paniquais pas encore et je souriais bien. J’étais satisfaite de moi. Mais là, tout d’un coup, c’est comme si mes efforts entiers étaient réduits à néant. Je suis seule, il y a du monde partout. Je suis contre le mur, c’est un peu moins terrible qu’au milieu mais mon parachute est tout de même percé. Mode panique activé. Je tente tant bien que mal de retenir mes larmes. Je réussis à les ravaler à force de me pincer la main très fort pour changer le mal de place, pour créer une diversion dans la bataille qui se joue en moi. C’est surprenant comme la notion du temps change complètement lorsqu’on s’affole. Je n’arrive plus à rien. Lorsque j’ai enfin retrouvé mon conjoint, il était trop tard. J’avais perdu le momentum. Trop dommage.

PLUS capable…

Le reste de la soirée se déroule donc de façon assez moyenne. Le chéri n’étant pas encore entièrement satisfait du nombre d’individus auquel il a pu parler, il entreprend de se diriger vers la salle discothèque, afin, dit-il de simplement dire au revoir à certaines personnes. Comme ce déplacement semble signifier la fin de la soirée, je le poursuis, pleine d’espoir. À l’intérieur, le bruit est insoutenable. Une collègue de mon conjoint m’accroche par le bras. Elle me hurle « Viens danser ! » – Non, non, je sais pas danser. Et là elle me sert la phrase que je ne suis PLUS capable d’entendre. « Voyons c’est pas grave, tu as juste à te laisser aller !!! » Je déteste cette phrase. Elle n’a aucune logique. Si je ne sais pas danser c’est justement parce que dans tout les aspects de ma vie et encore plus dans mon corps, je ne sais pas me laisser aller. C’est déjà un effort de concentration d’emprunter les escalier, alors danser ? Sérieux ? J’arrache littéralement mon bras de son étreinte et je dis un non assez clair pour lui passer l’envie. je sais très bien la conséquence si j’ose. On m’a déjà fait le coup. Vous essayerez vous de danser avec les bras et les jambes dans des tuyaux trop serrés. J’ai l’air idiote, je n’ai absolument aucun début d’idée de comment il faut procéder. J’ai essayé plusieurs fois, mais c’est peine perdue.

Il y a trop de bruit, je sors de la salle et je décide de m’assoir à l’écart en attendant le retour de l’amoureux. Notre ami commun passe me dire un mot. Je ne sais pas trop comment j’ai pu comprendre autant de travers, mon subconscient devait lui en vouloir… Bref, mon cerveau interprète que notre ami décide de quitter définitivement la soirée. Il était prévu qu’il dorme à la maison ce soir, la sienne étant trop loin. Et il est parti sans nous. Au retour de mon conjoint, je lui fais donc le message. Il l’appelle et le texte. Mais lui ne répond pas. En fait il est occupé à la salle de bain et son téléphone est dans sa poche de manteau, suspendu. Il tarde donc à répondre. Nous quittons alors sans lui parce que j’ai encore une fois tout compris de travers. Comme d’habitude quoi. Ce n’est qu’à la maison, couchés, que nous nous rendons compte de la bévue en lisant sa réponse. Oups. Bon, je me console en me disant que je me suis vengée sans le faire exprès. Comme il m’a laissé pour compte en début de soirée j’ai probablement compensé en faisant de même. L’arroseur arrosé. C’est tout de même assez rigolo.

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