Quand faut y aller, faut y aller. Huit pour un sur le chemin de l'école.

Quand faut y aller, faut y aller. Huit pour un sur le chemin de l’école.

Valérie-Jessica Les défis 0 commentaire

Je suis une bonne mère, je suis une bonne mère, je suis une bonne mère, ainsi va le mantra de motivation pour la journée de rencontre parents/profs. Peut-être qu’avec assez d’enthousiasme j’arriverai à m’en convaincre afin d’arriver là pleine de belle confiance en moi. Pour mon grand garçon, je m’en sors bien, je n’y vais pas. Il n’y a rien de nouveau dans son cas, c’est un grand. Voilà. Une bonne chose de réglée. Pour le petit loup aussi c’est simple, un seul professeur qui me vante sa gentillesse. Ça me servira de réconfort pour affronter l’école de ma fille. Pas le choix, c’est la grande école, première année du secondaire pour elle. Et des professeurs, elle en a huit. Huit êtres complètement différents, huit personnes à comprendre, analyser et à affronter en l’espace de trois heures. Je ne peux pas me cacher sagement chez moi en attendant les notes comme d’habitude, car c’est la grève, donc nous n’aurons pas de bulletin.

Affronter la meute

Pour être au fait des actualités scolaires de la vie de notre progéniture, il faudra affronter la meute. Non pas qu’ils soient méchants ni rien, mais moi je rapetisse à vue d’œil au contact de nouvelles personnes. Et malheureusement je devrai laisser mes boucliers derrière moi. Pas de gentil conjoint pour servir d’armure aujourd’hui. Et je ne peux pas amener les enfants. C’est donc seule sans ma troupe de fortification que je me dirige vers la grande école. Déjà, sur le boulevard, j’ai l’impression que toutes les voitures se dirigent inlassablement dans la même direction. Je ne veux pas changer de voie mais je constate l’alignement sans fin derrière moi. Ce n’est pas possible, il est 13 h, la route devrait être pratiquement vide, c’est certain, la ville au complet se dirige vers l’école ! Je tourne pour prendre le chemin de l’établissement scolaire et effectivement, tout le monde s’est donné le mot pour arriver à l’avance. Déjà que ce lieu me donne la chair de poule, ma scolarité ayant été particulièrement traumatisante…

Des centaines d’humains partout.

Nous sommes des centaines. C’est pas vrai ! La tuque enfoncée sur les oreilles, la musique dans le tapis, je prends le rang dans l’amas agité qui sert de file d’attente. Compressés les uns contre les autres, ça sent le parfum, le shampoing et la nourriture. Le bruit est insupportable. Je monte encore plus haut le volume de ma musique mais ça ne suffit pas. Sortons la solution numéro un. J’ai tout spécialement conservé la lecture de mon journal quotidien pour ce moment. Il est téléchargé, bien prêt à me servir d’évasion temporaire. Déjà crispée du cerveau aux orteils, je le sais que je ne suis pas à mon meilleur. Je ne me comprends plus. J’éjecte donc avec empressement la tablette de mon sac et j’ouvre rapidement le panneau de protection qui lui, décide de frapper la tête de la dame devant moi. Bravo ! Sérieux, bravo ! Très belle entrée en matière. Je balbutie quelques excuses et me plonge dans la lecture. Un pas s’effectue devant moi, j’avance moi aussi. Je suis tranquillement avalée par la marée du grand entonnoir.

C’est mon tour, j’aurai la feuille qui me permettra d’accéder au bon local. Oups ? Oh non, bien entendu j’ai pris la rangée pour les grands adolescents de quinze ans, ce qui n’est pas du tout le cas de ma chouette. Je suis complètement à droite et je devais prendre à gauche, désastre. Mes épaules montent de plus en plus haut et ma tête s’enfonce. Encore de l’attente et tout à coup, j’ai traversé la première étape du périple.

Je parviens non sans peine à la bibliothèque. C’est ici qu’ils ont bien sagement aligné l’ensemble des enseignants de son niveau. Les pauvres, ils ont l’air en cage prêt à être attaqués par une horde de touristes sans pitié. Je me précipite vers la seule enseignante que je connais d’en dehors de l’école. Son nom était écrit bien grand pour ceux qui sont surpris que je l’aie reconnue. Elle est contente de me voir je crois, donc elle parle quand même beaucoup. Et moi, tout le long, je ne fais que m’inquiéter des parents qui attendent derrière, je lui mentionne à quelques reprises, il y a plein de gens qui attendent… ça me stresse comme pas possible. Je fini par m’extraire. Les cortèges sont de plus en plus longs, les serpents se mordent la queue et on ne sait plus qui patiente où. Je dois probablement animer toute la salle avec ma musique mais c’est la seule manière que j’ai trouvé pour ne pas fusionner avec le sol. Et à un moment, bien entendu, pouf mon journal est terminé. J’ai un roman, mais c’est plus difficile avec l’encombrement d’humains partout. Pas le choix, j’attrape le livre et tente de me concentrer.

C’est qui eux encore ?

Une homme et un peu plus tard une femme me disent bonjour. La dame me jase considérablement. Je le sais que je la connais très bien mais je n’arrive pas à mettre le doigt dessus. En plus je l’ai déjà vue habillée exactement comme ça. Pas grave, elle ne s’en rend pas compte.

Toute empêtrée

Après un ou deux chapitres de lecture c’est mon tour avec une autre enseignante, je me dépêche de fermer la musique mais ça ne se passe pas exactement comme prévu, je suis toute empêtrée dans mes trucs, coincée dans mon fil d’écouteur, le livre tout de travers, mon sac à moitié fermé, en train d’échapper les feuilles. Je lâche crayons et marqueurs sur la table et je remarque que mon fermoir de pantalon est baissé. Je change de couleur pour atteindre des niveaux improbables d’écarlate. J’aurais pu remonter tout ça avec discrétion sous la table mais on dirait que ces concepts là ne m’apparaissent qu’au moment où je révise ma journée. Je lui mentionne donc en m’excusant que je dois replacer le tout. Je dispose donc, ou plutôt j’abandonne de façon éparpillé mes divers objets sur la table et je m’évertue à fermer mon pantalon. Une fois cette tâche effectuée, je l’écoute.

Elle aime beaucoup ma fille, excellent, mais elle a des choses à travailler. Ah oui ? Elle ne cesse de gigoter et à de la difficulté à demeurer en place. Je cesse immédiatement de me tortiller dans tout les sens. Elle traine un paquet d’objets avec elle et a bien trop de bagages pour un si petit corps. Je m’empresse donc de rapatrier mes choses éparses vers le sac et là elle dit qu’elle ne cesse de jouer avec ses crayons et ses marqueurs. Je regarde mes mains. Je visualise ce qu’elles font sans m’en parler. Je dépose sagement crayons et marqueurs sur la table, je place mes mains à plat en les menaçants du regard et je tente un sourire gêné. Je réalise que je fais un bien piètre exemple. Elle me parle de son stress. Cette dame est en train de me décrire en fait. Oh la la. Je tente un : « Au moins elle est gentille… J’ai bien viré, elle devrait bien finir aussi ? » Je me fais répéter un peu la même chose par l’ensemble des professeurs. Un d’entre eux me dit : Quand je l’ai vu entrer dans la classe, j’ai tout de suite demandé, tu es dans le groupe des artistes toi ?

Elle me ressemble de plus en plus mais avec un paquet de qualités en plus. On va travailler ensemble sur l’angoisse et le stress, il ne pourra qu’en sortir du bon. Elle a une belle âme, maintenant il faut juste qu’elle s’en rende compte et qu’elle relaxe un peu. Fais ce que je dis mais ne fais pas ce que je fais.

J’ai rien vu… Rire.

Je reviens à la maison épuisée. Nous faisons une rencontre papa maman fille pour en parler. Nous discutons donc avec elle et tout le long je regarde mon conjoint. On dirait qu’il a quelque chose de changé. C’est dérangeant. J’examine mais je ne vois pas. Ma fille quitte et je reste pour discuter avec lui et là je commence à percevoir ce qu’il a de différent. Ses dents sont plus blanches ? Non, elles sont plus longues ? Quoi ? Il s’est fait allongé les dents, je ne comprends pas et tout à coup je pousse un cri. Ah ! Tu t’es fait enlever tes broches !?! Son appareil dentaire très apparent qu’il a depuis longtemps, il ne l’a plus. Il est mort de rire. Il dit : « Il était temps, hier tout mes employés l’ont remarqué tout de suite et on faisait des blagues à savoir quand est-ce que tu allais t’en rendre compte ! » Ah, le petit coquin.

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