Traduction extraterrestre. Je dis blanc, tu entends noir.

Traduction extraterrestre. Je dis blanc, tu entends noir.

Valérie-Jessica Les erreurs 7 commentaires

J’ai un profond désir de faire le bien autour de moi. Malgré mes belles intentions il m’arrive plus souvent qu’à mon tour de blesser les gens. J’ai ce don unique pour créer des malentendus monumentaux. En sachant cela, je prend de plus en plus de précautions, et souvent, c’est pire. Pour me mettre les pieds dans les plats, patauger dans la boue, je suis championne en mon domaine. Je suis une extraterrestre quand il s’agit de faire preuve de doigté.

Il n’y a pas si longtemps que ça, j’ai organisé l’anniversaire de mon amoureux. Ça m’épouvantait de partout, mais comme j’aime mon chéri, j’ai décidé d’inviter un bon groupe parce que c’était un changement d’âge important. Le concept était que chacun devait participer en amenant un plat de son choix. Je suis dangereuse dans une cuisine, donc c’était la meilleure solution. Avant d’envoyer les informations pour l’invitation, je prenais bien mon temps pour réfléchir afin de faire ça correctement. Au tour d’une personne que je respecte beaucoup, moment d’hésitation. Sa vie étant intensément remplie ces temps ci, je ne peux pas lui demander d’amener de plat. Voilà, je vais l’inviter et ne pas lui mentionner le concept. J’examine un peu les conséquences de cette trouvaille et je me dit que finalement elle risque d’être mal à l’aise de ne pas participer comme les autres. Je mijote, je mijote…. Le problème c’est que sa vie est juste un horaire de fou pour l’instant. Je ne veux pas lui imposer une tâche supplémentaire. Surtout, elle est vraiment minutieuse et perfectionniste, donc lorsqu’elle fait quelque chose ce n’est pas pour le bâcler à la va-vite. Elle se donne à fond. Quoi qu’elle fasse, c’est joli, on voit qu’elle a mis du temps et des efforts.

Un compliment qui est en fait une insulte.

Je me demande comment m’en sortir et là mon idée fait son chemin. Je sais. Je vais lui faire un compliment pour bien lui démontrer ce que je pense d’elle afin qu’elle puisse amener un plat demandant moins d’investissement de sa part. Comment on fait ? Je me relis maintenant et je crois voir ce qui a cloché. J’ai envoyé textuellement ce message, honte à moi. « Es-tu capable de ne pas te compliquer la vie avec un truc compliqué. On fait ça à la bonne franquette, je ne veux pas que tu te donnes du mal… madame je fais tout à 100 %. » Dans ma tête à moi tout faire à 100 % c’est LA bonne chose à faire. C’est valorisé dans notre société. Il y a même une expression qui dit : Donner notre 110 %, et c’est une expression positive. Sauf que je l’ai profondément blessée. Par chance elle a fini par m’écrire deux jours plus tard sinon je ne l’aurais jamais su. Être autiste c’est ça, c’est de faire des compliments et d’insulter les gens en même temps. Bravo moi.

Elle prit donc sa plume pour me dire ceci : « Est-ce que l’on t’a déjà dit que les mots dits d’une certaine façon peuvent vraiment être blessants et ce n’est pas toujours nécessaire de dire ce que nous pensons ! » Elle a attendu avant de répondre, donc elle a pesé ses mots, ce qui veut dire que c’est pire que ce qui est écrit. Elle tente de me transmettre l’information de façon polie. Là c’est la panique totale, je me relis, je tourne ça dans tout les sens et je pleure, qu’est-ce que j’ai encore fait. Je constate le deuxième sens à mon message. Je m’excuse tout de suite en précisant ma pensée mais elle ne réponds pas assez vite à mon goût. Je m’imagine le pire. Ça y est je viens de créer une chicane de famille !!! Tout le monde va m’en vouloir ! Qu’est-ce que j’ai fait ? On ne m’aimera plus !

Pardon, pardon, pardon !!! C’est la panique.

Affolée, je l’inonde de messages par texto et Facebook dans un laps de temps relativement trop court pour lui donner la marge de manœuvre pour réagir. Je me ridiculise totalement en agrémentant d’une effusion d’émotions le flot de mes explications et de mes excuses. Je m’abaisse à lui dire qu’en fait je la trouve tellement meilleure que moi, que ce ne pouvait en aucun cas être un reproche. Je lui parle de mon incompétence en relations interpersonnelles, la totale quoi.

Je ne saurai jamais si elle me croit ou si elle garde toujours un petit doute. Elle m’en a reparlé face à face avec tout le monde autour lors de la fête. Elle a montré mon message aux autres membres de la famille. Je n’étais définitivement pas fière de moi. J’ai pleuré bien entendu. Mais ça tout le monde commence à être habitué. À ce moment là, je ne savais pas encore pour l’autisme Asperger, je connaissais mes immenses lacunes mais je n’avais pas de mot aussi précis pour expliquer l’ensemble de mes défectuosités. Je ne faisais que culpabiliser sur mes erreurs en ne saisissant pas comment je pouvais être nulle à ce point. À ce jour j’ai encore beaucoup de peine à propos de cette situation. Je m’en veux. J’aimerais tellement qu’elle comprenne comment ça fonctionne dans mon esprit. Il y a tellement de racoins et de détours là-dedans, il y a de quoi en perdre son latin. Dommage que la télépathie n’existe pas, parce que le désir qu’on me décode commence à prendre de plus en plus de place. Donc j’écris. Pour l’instant ça m’aide à me comprendre moi même, c’est déjà ça de gagné.

Partagez cet article

Aimez la page Facebook pour être informé des nouvelles publications.