Le cerveau barré

Quand le cerveau ne veut juste pas coopérer.

Valérie-Jessica Les peurs Laissez un commentaire

J’ai cette excessive pudeur qui se manifeste souvent au mauvais moment. Les décolletés, les jupes courtes, les petits trucs bien sexy, vous ne me verrez jamais porter ça. Mais ça va, beaucoup de personnes apprécient d’être habillées décemment. Le réel problème c’est lorsque cette discrétion m’empêche de faire ce qu’il faut quand il le faut.

Si je pleure je pourrai me laver ?

Chaque année, je fais une randonnée à vélo d’environ 280 km, et ce sur trois jours. Une année, les douches étaient à aire ouverte entre deux des journées. Vous imaginez bien le malaise, il m’était impossible de me laver. Après avoir autant pédalé, c’est quelque peu inconfortable. Quand j’ai réalisé la situation, j’avais beau me parler, me motiver et me dire que je n’avais pas le choix, rien n’aurait pu me convaincre de me doucher devant les autres dames. Nous étions dans une école pour cette escale, j’explorai donc tous les corridors à la recherche d’une solution. J’ai vraiment cherché intensément et n’en trouvant pas je me mis bien entendu à pleurer… Toute gommée et en sueurs, il fallait que je me couche sans me nettoyer ? Désespoir. Par chance, devant mes larmes et mon désarroi, le concierge ouvrit juste pour moi, une section fermée de l’établissement dans laquelle il y avait deux douches avec rideaux. Je lui en suis encore reconnaissante.

Tout le monde tout nu !

Par contre, la dernière journée de cette randonnée annuelle, c’est dans un aréna que se trouve le fil d’arrivée. Et dans ce lieu, il n’y a pas de cabines pour l’arrosage de mon corps. Une année il pleuvait énormément et nous sommes arrivés couverts de boue de la tête aux pieds en plus d’être frigorifiés. Normalement j’attends de revenir chez moi pour me doucher, même si c’est un bon trajet, mais cette année-là c’était juste trop.

J’aurais complètement sali mon véhicule si j’y étais entrée dans cet état. Je décidai donc de prendre mon courage à deux mains et de tenter pour la première fois de ma vie d’aller me laver à travers le groupe de femmes. J’entre donc dans cette pièce, il y a un espèce de grand banc en bois au centre. Je fixe le sol. Il y a des morceaux d’anatomie partout qui continuent de se laisser apercevoir même si je ne les regarde pas. Je m’assois sur le banc et je tente de commencer à retirer mes vêtements. Les chaussures, les bas et soudain, je ne suis juste plus capable. La tête me tourne, mon cœur bat vraiment fort et mes oreilles sillent. Je tente tant bien que mal de me concentrer sur mes orteils, mais je vois quand même tout ce beige couleur peau autour et je panique complètement. J’ai la nausée et ce n’est pas le temps de vomir; je suis déjà assez sale comme ça. Je me fouette, je fais de la visualisation de moi toute propre et pimpante, je tente d’imaginer le doux glissement de l’eau et des bienfaits qu’elle pourrait me procurer. Mais le geste demeure hors de ma portée, je n’arrive à retirer aucun autre des tissus qui m’enveloppent.

Je lorgne la seule salle de bain du coin de l’œil, qui normalement doit servir à aller au petit coin et je décide de me changer en vitesse derrière cette porte. Je prends ma serviette pour retirer le plus de boue possible afin d’être moins dégoulinante, mais je me vois forcée d’enfiler mes vêtements propres sans m’être nettoyée. C’est idiot parce que tout le monde s’en balance des autres autour. Chacune est concentrée sur sa tâche et on n’est pas à l’école secondaire pour que les filles se comparent. Autour de moi, ce n’est qu’un groupe de dames bien épuisées du trajet qui n’ont qu’une idée en tête, se désencrasser. Mais moi, je suis retournée à la maison bien crottée et salie. Ma réserve exagérée m’a empêché de faire abstraction des autres humains, mais je suis comme ça, donc vaut mieux en rire. Voilà.

Partagez cet article

Aimez la page Facebook pour être informé des nouvelles publications.