La neurodiversité, la différence

La neurodiversité. Ça mange quoi en hiver ?

Valérie-Jessica La neurodiversité 3 commentaires

La variabilité neurologique, c’est un peu comme les diversités culturelles. Je n’ai jamais tout à fait compris le concept du racisme. Quelle idée ennuyante et vide de sens que cette hostilité envers la différence. Les premières fois où il y a eu une personne de couleur dans mon entourage, très jeune, j’étais fascinée par l’analyse de l’impact des teintes de ses vêtements versus la peau de son visage. Pour moi, il était incroyable de réaliser que les blancs ou les verts pâles resplendissaient sur elle plus que sur les autres. Ensuite, ce sont les divers accents de tous ces pays qui étaient comme des mélodies superbes et intrigantes à mes oreilles et plus vieille, lorsque je croisais quelqu’un d’une autre culture, j’avais l’impression quelle transportait un trésor de connaissances différentes des miennes. C’est ce que ça a suscité chez moi mes premiers contacts avec la différence. De l’intérêt. Voilà pourquoi je n’arrive pas à comprendre que pour d’autres c’est répulsif les pas pareils. Et c’est un peu le même principe selon moi au niveau de la neurodiversité.

Belle et précieuse variété.

La variété je trouve ça beau, autant esthétiquement qu’intellectuellement. Ça m’intéresse et ça me fascine. Être le robot numéro 120 085 157 d’une série ne m’a jamais intéressé et ce n’est pas les gens moutons qui attirent mon regard, alors ce besoin de provenir d’un même moule universel ça ne me dit rien. Quel ennui ce serait. La diversité c’est positif, créatif, constructif et ça propose une autre manière de voir le monde. Les grandes inventions et les idées novatrices n’auraient jamais vu le jour sans l’apport de l’angle étrange, l’autre point de vue, l’autre personne, celle qui pense, réfléchit ou agit différemment de la norme. Pourquoi alors est-ce si dérangeant quand ces variantes se situent au niveau intellectuel ? C’est tabou ? C’est mal ? Ça fait peur à qui au fait ? Est-ce que c’est parce qu’on ne peut pas deviner l’autre humain derrière ? Ces questions ont tourné mille fois en boucle dans ma tête et je n’ai toujours pas compris.

Aimer les autres, mais soi ?

Je dois admettre avec beaucoup d’humilité que malheureusement je n’aime pas voir la différence émotionnelle ou des traits qui me ressemblent chez les gens, parce ça me renvoie à la propre honte que j’ai souvent de savoir que je n’agis ou ne pense pas selon les normes. C’est triste parce que c’est seulement si cette différence me rappelle la mienne que ça me fait cet effet. Autant je la prône et je la vante, autant j’en ai peur, puisqu’elle m’a été si souvent mise sur le nez de cette manière agressive qui consiste à vouloir me briser, me compresser, me démantibuler pour que j’entre dans le rang à tout prix, et ce sans tenir compte de comment je fonctionne. Quelle angoisse effroyable est-ce que ça m’impose si je tente de marcher droit. Allez petit soldat… Au pas. Sinon ! Et les conséquences étaient souvent cruelles, totalement à l’encontre de tout ce que je ressentais. Le pire c’est que même avec mon imitation la plus réaliste qu’il m’était possible de mimer de mes compères on ne m’aimait pas. Le mouton noir, la personne à fuir, la rejet, la dégeu c’était moi. Surtout enfant je dirais. Plus maintenant. C’est fini. Et pourquoi ?

C’est terminé cet ostracisme et une des raisons c’est que c’est seulement lorsque je cesse de vouloir me brider qu’on commence à m’aimer. Même si je suis parfois/souvent, pas mal toujours un peu bizarre, quand j’y laisse libre cours, à cette différence, ça se passe mieux, pas toujours, mais souvent. Il reste bien quelques réfractaires, mais je suis bien entourée et mon cercle est maintenant composé de gens ouverts à qui cette drôle de petite dame imprévisible et colorée ne fait pas peur. Avec ces chaines contraignantes qui voulaient faire de moi la neurotypique que je ne suis pas, je n’étais rien du tout. Fade, effacée, coincée, je chevauchais entre deux mondes en équilibre précaire et je n’avais ma place dans aucun d’eux. Tous mes efforts ne donnaient que l’effet d’un masque, une pâle imitation d’un être faisant partie d’un univers qui n’était pas le sien. En basculant du côté neurodivergeant, qui n’est en rien le côté obscur (petite blague en lien avec un film que j’ai très hâte de voir, mais le cinéma c’est trop intense pour moi), non seulement je n’ai pas perdu le contact avec les neurotypiques, mais ça a facilité grandement la communication puisque j’ai maintenant un pont vers mon royaume et je suis capable d’en expliquer le chemin à ceux que je considère.

Coucou.

Je me présente donc, je suis une Asperger différente, contente de l’être (pas toujours, mais j’essaye fort), avec qui on ne s’ennuie pas si elle se décide à parler. Pour moi, ma neurodivergeance c’est un accès à un monde riche, de belles idées, de nouveaux points de vue non-conventionnels et une manière inusitée de percevoir les choses. C’est aussi je dois l’admettre de gros obstacles, de l’angoisse difficile à gérer, d’immenses défis, de méchantes montagnes et des incompréhensions diverses, comme si je parlais une autre langue, comme si c’était moi l’autre nationalité qui ne voulait pas subir de discrimination. Et si je vous prête mes yeux un instant, ma vision rocambolesque de ce qui m’entoure est tout sauf fade.

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