Maturité sociale chez l'asperger.

Il était où le livre d’instructions de la séduction ? Draguer sans la maturité sociale donne parfois des résultats non concluants.

Valérie-Jessica Les erreurs Laissez un commentaire

N’ayant pas de capacité innée à comprendre les relations interpersonnelles, j’avais une grande confiance en la lecture pour m’éclaircir sur les mystères des fréquentations amoureuses. Que mon école ne possède pas de publications récentes sur la question (lire datant de l’âge des cavernes) ne m’a déclenché d’alerte ni semé de doutes. Je me fiais quand même aux renseignements que je pouvais glaner ici et là dans des ouvrages usés. À l’époque, amatrice de romans historiques, une bonne partie de mes références sur la grande théorie de l’amour provenaient directement d’un temps ancien, trop différent du monde dans lequel je vivais et ne possédant pas grand lien avec la réalité. C’est tout de même armé de cette documentation que je me préparai à affronter les études postsecondaires, l’école pour les jeunes adultes qu’on appelle le Cégep.

Les Aspergers peuvent communiquer verbalement, mais sans voir les signaux sociaux. Beaucoup apprennent les codes sociaux par imitation, pour compenser. (…) Ces difficultés touchent tant à l’impossibilité d’interpréter ses propres émotions qu’à l’interprétation de celles des autres.Wikipédia

Dans ma tête et mes perceptions, entrer dans ce nouveau monde signifiait que j’étais maintenant une adulte et que je devais partir en chasse du personnage me permettant de fonder éventuellement une famille. Je profitai donc de mes premières semaines en ce nouveau lieu pour bien examiner les différents mâles disponibles de ma classe. J’en suis venue à la conclusion que celui possédant les meilleurs gènes était le jeune homme avec une taille légèrement au-dessus de la moyenne, une chevelure en santé et une forme physique appréciable. Esthétiquement, il avait un visage que l’ont pourrait décrire typiquement de beau. Symétrique et éveillé. Le fait qu’il était constamment en conversation avec une fille en particulier n’a pas particulièrement attiré mon attention, je fis donc abstraction de ce fait. Ayant fait mon choix, jamais il ne me vint à l’idée d’aller lui parler afin d’apprendre à le connaitre ou encore de l’approcher, lui ou son groupe d’amis. Non, je le regardais de loin en m’imaginant que si j’avais arrêté mon tri sur celui-ci, il me suffirait d’aller le cueillir pour qu’il se précipite dans mes bras en me remerciant. Étant définitivement trop inapte à cette époque pour aborder les autres je fis la seule chose que je faisais adéquatement, j’écrivis.

La lettre.

La capacité à former des phrases complètes dotées d’une syntaxe acceptable et avec un français agréable ne permet pas nécessairement à l’auteur d’écrire des lettres d’amour envoutantes, ce que j’appris à mes dépens. Je créai donc un texte informatif indiquant qu’il avait été sélectionné pour devenir l’élu de mon cœur. Je déposai ce texte dans sa tablette à documents en attendant sagement qu’il se précipite vers moi pour célébrer l’attention que j’avais décidé de lui porter. Et j’attendis…

Ce n’est pas lui qui m’a répondu, pauvre petit, quand j’y pense… comment vouliez-vous qu’il réagisse ? Je ne me souviens plus exactement de qui il s’agissait, mais on a mandaté quelqu’un pour aller m’expliquer quelques règles de base de la vie et c’est ainsi que je découvris qu’il me faudrait des points communs avec l’humain sur qui je jetterais mon dévolu. De plus, il parait que si je trouvais le bon, j’aurais des papillons ou encore une sensation physique me permettant de déterminer que mes hormones seraient en accord avec mon choix. Ceci ne tomba nullement dans l’oreille d’une sourde. Lorsqu’on me transmet une connaissance que je juge pertinente, je l’intègre. C’est pourquoi lorsque j’eus une réelle attirance que je crus physique pour quelqu’un, je pris soin d’appliquer ce principe.

Le parfum.

Ce qui se produisit, je l’explique bien simplement. Hypersensible sensorielle, comme beaucoup d’Aspergers je suis immensément affectée par les odeurs. C’est pourquoi, un jour, lorsque je humai ce parfum si parfait, enveloppant, envoutant, goûteux, je fus persuadée à l’instant que je venais de découvrir l’amour. Le souvenir est encore bien clair, j’avais l’impression de recevoir cet arôme par toutes les entrées de mon visage, ça sentait jusque dans les yeux. Cette odeur ! J’avais donc une sensation physique claire et donc un message de mon corps me recommandant de fréquenter le porteur du parfum. La première condition étant remplie, il me fallait maintenant avoir des points en commun avec lui. Ne me demandez pas comment j’ai pu avoir une idée aussi saugrenue, mais comme il était étudiant en administration et qu’il s’habillait chemise-cravate, je me mis moi aussi à porter des cravates. Mais oui, c’est logique que je me disais, nous partagerons nos goûts vestimentaires… Non ? Après deux semaines de tentatives infructueuses de nouer quelque lien avec lui je me crus en peine d’amour. En fait, j’étais en manque olfactif, mais ça, je ne le saisissais pas encore.

Être soi même, peu importe les conséquences.

Quelques personnes ayant commencé à me donner des conseils on me proposa donc un nouveau facteur à prendre en considération. On tenta de m’expliquer qu’il ne me fallait pas imiter les vêtements, que c’était mieux d’être soi même et authentique afin de se sentir heureux. Cette notion, maintenant que j’approche la quarantaine, est très agréable à appliquer. Mais à cet instant, avec si peu de données de ce qui se fait et de ce qui ne se fait pas à ma disposition, ça a donné des résultats rocambolesques.

Qu’est-ce que j’aime moi ? Comment déterminer ce qui me plait ? Cette introspection me fit réaliser à quel point j’étais intensément fascinée par les lignes régulières ou encore les pois égaux et répétitifs. J’avais et j’ai toujours à ce jour une réelle fascination pour ces motifs. C’est obsessionnel, satisfaisant et ça me procure à chaque fois cette drôle d’euphorie d’en regarder ou d’en porter sur moi. C’est comme un chatouillis du cerveau, une effervescence visuelle et cérébrale, bref, ça me crée vraiment des sensations exaltantes. L’autre condition était le confort. Je ne supportais rien sur ma peau me serrant, me frottant ou me restreignant. Je me dirigeai donc vers un grand magasin de vêtements usagés puisqu’une étudiante ne doit pas gaspiller. Je trouvai l’objet parfait , merveilleux, mou, ligné bleu et blanc, ample et confortable. Une salopette de cheminot. C’était comme un déguisement (je le réalise aujourd’hui). Le comble c’est que j’ai réussi à trouver la casquette de conducteur de train qui s’agençait avec. Pareille, lignée bleu et blanc. C’est avec ma nouvelle allure que je me présentai donc au Cégep trop contente de moi. On tenta bien entendu de me faire réaliser le ridicule de mon accoutrement, mais cette fois je ne voulus rien entendre, car j’avais mis trop d’efforts à me respecter dans ce choix, donc je n’allais rien y changer. Et durant les quelques années qui suivirent, j’eus beaucoup de plaisir à porter des vêtements loufoques, mais assurément joyeux et colorés.

Mais mon parcours au Cégep demeurait un véritable désastre puisque je n’étais pas prête, je ne comprenais rien aux gens, aux règles non écrites et aux interactions entre humains. Mon retard en maturité sociale était trop significatif. Nommée gagnante par un sondage dans deux catégories, soit la plus perdue et la plus bizarre de l’établissement, je remis mes études à plus tard. Il me faudrait revenir avec de meilleures bases pour naviguer dans ce monde de neurotypiques qui demeuraient pour l’instant un mystère à mes yeux.

Cette période, c’est comme un autre monde, une ancienne moi qui n’existe plus vraiment. Lorsque j’étais plongée dedans la tête la première et que je me débattais pour tenter de faire comme les autres j’étais loin de trouver la situation amusante. Par contre, une vingtaine d’années plus tard, j’ai accès à bien plus de données et j’arrive à les utiliser sans déclencher trop de désastres. C’est juste pas mal drôle de se remémorer à quel point je n’y comprenais rien à toute cette histoire de relations humaines, puis ça me fait apprécier les progrès accomplis. J’écris, puis je ris.

Conclusion avec des phrases sérieuses pour terminer ce texte de manière intelligente.

Allez, les aspies, on ne perd pas espoir, on va peut-être emprunter quelques détours et des chemins plus colorés que la majorité des gens, mais on va finir par y arriver. Un apprentissage à la fois. Ce qui nous est évident est juste différent, comme si on apprenait dans le désordre parfois, mais on fini par faire le tour des connaissances indispensables à une vie souvent atypique, mais qui peut tout à fait être fonctionnelle et agréable. C’est simplement un peu plus long…

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