Voyager pour une aspie maman.

Qui a dit que voyager rendait zen que je lui dise qu’il s’est trompé ?

Valérie-Jessica Les défis 1 commentaire

L’an passé, c’était maintenant ou jamais, les enfants avaient l’âge parfait. Le voyage à Disney dont ils rêvaient allait se concrétiser. Que ne ferait-on pas par amour. Puis comme ça coûte les yeux de la tête ce genre de chose j’ai décidé de tout donner et de mettre les efforts pour bien faire ça. Pas question que je fasse mon gros bébé lala. C’est là que ça se passe.

Mon stress se manifeste toujours de manière bizarrement non appropriée. À l’agence de voyages, il a montré le bout de son nez en adoptant l’apparence de la gastro. Je peux vous dire que je n’étais pas très jasante. Pas question que chaque étape vienne me submerger de la sorte. Je devais gérer. Ma méthode habituelle pour endiguer le surplus d’angoisse et d’imagination non désiré, c’est de faire des listes pour tout. Excell est un compagnon primordial dans le support moral dont j’ai besoin.

De mettre dans des petites cases les moindres détails de ma préparation me délivre d’une petite partie du poids. Mais ça ne suffit pas. J’ai donc passé quelques heures au téléphone avec une habituée des parcs afin de me faire expliquer chaque détail, chaque attraction, l’ordre exact dans lesquels je devais effectuer tous mes trajets de manière optimale. Étant dotée d’une mémoire phénoménale, elle me permit de partir munie d’une vingtaine de pages de notes détaillées et agrémentées de codes de couleurs pour un repérage rapide.

Encore là, je me sentais trop démunie, il me fallait un petit truc bien concret. Un genre de gentille obsession qui me permettrait de m’évader à ma manière. Et je l’ai trouvée. Sachant que sur place il y aurait un système d’échange d’épinglettes avec tous les animateurs et employés des parcs j’ai commandé à l’avance cent de ces bidules officiels afin de pouvoir créer mon propre assortiment. Je suis complètement gaga des objets en série, des collections, des suites et de la répétition visuelle de quoi que ce soit. Comme pour mes dés que j’accumule de façon maniaque.

Le départ

Avant même d’entrer à l’aéroport, la paranoïa s’installa. J’anticipais la peur de la foule, du trop-plein de gens, du bruit qu’ils feraient et de mon espace qu’ils envahiraient. Mais ce ne fut pas du tout le cas finalement puisque l’endroit était désert, vide, comme une vision post apocalyptique d’un immense grand calme et je me mis à m’imaginer que nous nous étions surement trompés d’endroit, trompé de jour et que nous ne nous rendrions pas à destination. Je tentai tant bien que mal de masquer mon inquiétude aux enfants. Et tout à coup une nouvelle crainte. Et si jamais j’avais une contravention de stationnement oubliée quelque part et que j’étais sous mandat pour son non-paiement, qu’on m’arrêterait à la vérification de mon identité ? Je craignais qu’on trouve que mon plus vieux ne nous ressemble pas et qu’on pense qu’on a voulu l’enlever à cause de ses beaux yeux trop foncés. Toutes les idées sans allures se disputaient une place jusqu’à ma tête et trop d’entre elles gagnaient la course. J’ai déjà lu quelque part que les chiens d’aéroport sont formés à renifler le stress trop grand chez les gens, c’est certain, si l’un d’entre eux avait le malheur de passer près de moi, je serais désignée comme le nouveau danger public. Lorsque justement un problème survint et que nous fûmes mis à l’écart parce que mon conjoint avait oublié de signer son passeport, c’est comme si un grand trou venait de s’ouvrir sous mes pieds, je voyais tout sombre et j’entendais embrouillé comme si j’étais engluée dans de la mélasse.

Et c’est armée de cette belle attitude non constructive que j’entrai dans l’avion que je détestai immédiatement et irrémédiablement. Comme première expérience, on repassera. Déjà, je ne fus pas rassurée en ne comprenant strictement rien ni en français ni en anglais de ce que les hôtesses baragouinaient à l’avant. J’étais affectée par l’horrible choix de couleurs à l’intérieur. C’était trop petit, je me sentais oppressée, comprimée et coincée sous le talon d’un ogre et chaque vibration était un nouveau pas de ce monstre qui m’estampait au sol. J’ai tremblé violemment dès le début du trajet. Ni la musique ni la lecture ne m’apaisaient et lorsqu’un de mes enfants se plaignit d’un mal d’oreille la panique s’installa et je m’imaginai qu’il pourrait faire exploser ses tympans sous la pression et je me commençai aussi à douter de la possibilité scientifique de maintenir un tel mastodonte en l’air.

L’arrivée

À l’arrivée, je constatai que tous les petits hôtels étaient si bien répartis à travers la forêt bayou que nous étions totalement tranquilles. Les minuscules rues pédestres étaient presque vides, il n’y avait pas un son et je vis même un petit lézard traverser. Rien pour me mettre en surcharge, c’était d’un calme surnaturel. L’odeur parfaite, la propreté maniaque et l’environnement regorgeant de plantes me déchargèrent délicieusement des tensions accumulées depuis des semaines à l’idée que ça puisse mal se passer. Tout était en place pour m’apaiser.

C’est donc emplie d’énergie et survoltée que je me sentis prête à affronter les parcs d’attractions. Enfin, je dis prête, ce n’est jamais tout à fait le cas, mais comme on dit, prête, pas prête j’y vais. C’est décidé et non négociable, je ne ferais pas de manèges; je prendrais des photos. Dès que j’entrais un peu en surcharge, hop, je me cachais derrière l’appareil. C’est extrêmement vaste et il m’était aisé d’attendre dans des petits coins tranquilles à chaque fois que j’en ressentais le besoin. Les files étaient longues, alors lorsque toute la petite famille était en attente pour les attractions j’en profitais pour aller à l’écart pour me re-moduler un peu, écouter de la musique et me recharger en vue de la prochaine étape. Mais ce n’est pas magique. À la maison je suis facile à vivre et je critique peu. Je suis toujours de bonne humeur, mais ici, je dois admettre avec humilité que mon conjoint a été obligé de me répéter à plusieurs reprises d’être plus patiente. C’était si intense que je dû me parler avec beaucoup d’insistance pour garder une attitude agréable.

Néanmoins, pour l’attraction Soarin, sachant que je serais à peine soulevée de quelques pieds tout doucement et qu’il s’agissait essentiellement d’une immense image qu’on nous projette, je décidai de tenter l’expérience. Je m’assis entre mes enfants et la grande chaise se souleva à peine. Soudain paf ! La panique. Et là je commençai : « Non, non, je ne veux plus, je veux descendre, j’ai peur ! » J’étais totalement en mode je me ridiculise puis je n’ai plus aucune maitrise de moi pour me filtrer. Les fils se sont touchés, je disjonctais. Tout le monde me regardait (selon ce que mes enfants m’ont rapporté), car la pièce était très silencieuse et j’étais le seul son pour l’instant. Et ce son devint pas mal l’attraction puisque ce n’était même pas encore commencé. Je me cachai, j’enfouis ma tête le plus bas possible malgré mes enfants qui disaient : « Maman arrête, tu capotes, ça a pas rapport ! » Et j’ouvris un œil, juste un pour comprendre de quoi il s’agissait. C’est à cet instant que l’écran qui couvrait l’ensemble de mon champ de vision se remplit d’une image paradisiaque de cieux infinis et de paysages à couper le souffle. J’étais l’oiseau, je volais, les moindres pores de ma peau acceptèrent la grandiose transformation, c’était moi qui respirais, je sentais le vent, la vitesse, la résistance de l’air que je fracassais de ma puissance et j’éclatai en sanglots de joie. Je m’écriai sans plus de filtres aucun : « C’est tellement beau ! » phrase que je répétai inlassablement tout le long de l’expérience non sans continuer de pleurer d’émotion en dérangeant tout le monde autour.

Mes enfants ne furent pas vraiment particulièrement contents de moi, mais c’est leur problème, j’ai vécu là quelque chose là dont je me rappellerai toute ma vie. Mon hypersensibilité, autant physique qu’émotionnelle n’est pas toujours source de négatif bien au contraire. Lorsqu’elle me nuit, elle est là bien présente et impossible à ignorer, alors si elle se décide à me porter si haut, je l’accepte et la savoure. C’est précieux. Forte de cette expérience, je tentai quelques minuscules manèges vraiment très peu intenses pour les gens normaux et à chaque fois je réagis comme si je venais de décoller en orbite, j’étais survoltée, exaltée, en pleine crise d’hyperactivité et mes neurones s’offraient un festin de sensations inégalées.

Après quelques jours, mon plus jeune eut une petite toux. Ça m’obsédait totalement, j’étais incapable même de dormir, je m’inquiétais trop. Je fus intransigeante, j’avais bien trop peur que ça affecte ses oreilles et que ce soit dangereux pour ses tympans dans l’avion. Puis quand j’ai une idée en tête je ne l’ai pas dans les pieds. Presque 400 $ en moins dans les poches plus tard, j’étais maintenant rassurée sur son état. Ensuite malheur, le personnel de chambre parti avec la couverture (doudou) de mon petit chou par inadvertance et ils ne la retrouvaient plus. Oui, il avait déjà neuf ans, mais doudou c’est doudou. J’étais investie d’une mission nationale, plus rien ne pouvait continuer, la terre s’arrêta de tourner jusqu’à ce que j’aie réglé le problème. Rien ni personne n’aurait pu m’empêcher ne mener cette quête. Vive internet puisque ma détermination me permit de tomber sur exactement la même en version usagée et un peu usée, identique, avec sa grenouille, malgré que ça fait des années qu’on ne peut plus en acheter nulle part. Grand garçon, il fut semi consolé d’au moins constater que sa doudou serait livrée à la maison au retour. Je n’étais pas peu fière. Des fois c’est l’fun d’avoir le cerveau en osmose avec tout ce qui ressemble de près ou de loin à un ordinateur.

Somme toute, je suis bien contente de l’avoir fait. Pour tout l’aspect des codes sociaux et des interactions avec les étrangers, je n’ai pas vraiment eu à le subir puisqu’il y avait la barrière de la langue. Nous quittâmes donc l’hôtel.

Je ne suis pas la seule Asperger à être complètement compulsive relativement aux horaires, c’est pourquoi lorsque la navette pour l’aéroport commença à démontrer des signes de retard certains, on venait de me perdre. À la maison, si vous aviez à demander à mon conjoint c’est quoi mon pire défaut, il dirait que c’est l’impatience face au respect du cadran. Lui, il ne veut pas que je lui pousse dans le dos. Moi, je suis tout le temps prête en premier, l’horloge intégrée aux synapses et maniaque face au fatal roulement du temps. C’est obsessionnel, incontrôlable, obligatoire et vital, je dois être à l’heure. Chaque tic-tac de dépassement est un essai de plus à la roulette russe. Ça n’allait pas, j’avais vraiment peur d’arriver trop tard et rien ne pouvait m’apaiser. J’étais donc hyper tendue et je ne me comprenais plus lorsque nous entrâmes à l’aéroport.

C’était pire que tout, on était plus à Montréal là, puis le lieu n’était pas vide comme la dernière fois. Ça bourdonnait de monde et il nous fallait nous faufiler dans d’étroits corridors tous compressés les uns contre les autres. J’étais la visse tombée dans le broyeur et chaque avancée devenait un cliquetis agressif vers une déchiquetassions contre laquelle je luttais. C’est pourquoi je ne vis pas les instructions en anglais, mais seulement celles en espagnol nous demandant de tous retirer nos chaussures, ce qui provoqua la rage du douanier qui commença à m’invectiver. Mais moi je ne comprenais plus rien, car ça faisait déjà un bon moment, une bonne heure et demie que j’avais entrepris la traversée malsaine du corridor damné. Devant mon attitude hébétée et mon visage paniqué il sépara les enfants de nous et les prit à part pour les faire passer dans de gros tuyaux sur la hauteur. Je ne pus m’empêcher de penser à Star Trek et même si je tentais de me raisonner, la similitude entre le fait qu’ils pourraient être téléportés et le constat que ces hommes agressifs tenaient quand même ma progéniture en otage pour l’instant n’avait rien pour me rassurer.

Arrivée dans l’avion, l’hôtesse de l’air s’exclama : Oh ! I like your t-shirt so much ! Il faut dire qu’il est rose fluorescent et que c’est écrit en gigantesques caractères noirs : Admit it, life would be so boring without me. (Admettez-le, la vie serait si ennuyante sans moi.) Elle ne s’en rendit pas compte, mais sa réaction provoqua un feu d’artifice de plaisir à mon âme. J’étais en effervescence, carrément. Par contre, lorsqu’à cause de ma rigidité face aux règlements je lui signalai qu’un enfant n’était pas positionné de la parfaite position sécuritaire proposée, elle me regarda comme si j’étais verte avec des antennes. On ne peut pas gagner à tous les coups.

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  • Au royaume d’une Aspergirl

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