comprendre les autistes

Asperger versus neurotypique – 10 trucs pour mieux se comprendre

Valérie-Jessica Les particularités 31 commentaires

Voici le super aide-mémoire, selon mon point de vue asperger, un outil pour faciliter les échanges et créer des liens.

Le petit manuel du parfait neurotypique qui veut prendre soin des personnes autistes qui l’entourent.

TRUC 1
Respecter la fameuse bulle tellement fragile

Ce point arrive en haut de liste. Le non-respect de mon espace vital est la chose, entre toutes, qui peut clore le contact d’une manière brusque et inattendue. Que je le veuille ou non, si ma bulle fait Pouf ! mon cerveau fait pareil. Du moment que tu me touches et que je n’en ai pas envie, tout le reste autour disparait et l’ensemble de ma concentration est utilisé pour gérer ma crise interne. Je ne souhaite pas faire une scène en public et non plus te rejeter alors je vais tenter de cacher mon immense malaise, mais tu viendras de couper le contact. Tu me touches ? Je ne suis plus disponible. Je te donne un exemple. Place ta tête sous une chute d’eau, tu arriveras avec beaucoup de concentration et d’efforts à sourire et à demeurer immobile, mais ne viens pas me dire que tu es capable de communiquer adéquatement en même temps ou d’interagir avec ce qu’il y a autour. Ce ne sera qu’un masque, car en dessous, c’est la panique.

TRUC 2
Éviter le mensonge à tout prix

C’est quoi l’idée de tout maquiller et de ne pas transmettre LA bonne information ? C’est tellement compliqué cette manie que les gens ont de tout emballer sous des couches de non-pertinence. Pour moi, c’est une course à obstacles que d’essayer de te comprendre si tu fais ça, et je réagirai de manière inadéquate si je n’ai pas les bonnes cartes en main.

De plus, c’est totalement injuste parce que pour que je te mente, il faudrait qu’il y ait du danger. Mentir est complètement contre ma nature. Je déteste ça. Les faussetés, aussi minimes soient-elles, j’ai ça en horreur. Même pour faire une surprise. C’est non ! Ça parait immédiatement dans mon visage, j’ai l’air de me décomposer tellement mon inconfort est palpable.

Puis si tu me mens sur des peccadilles, je n’aurai pas confiance en toi pour les choses importantes. Tu seras, dans ma tête, dans la petite case des trompeurs et des ratoureux même si ce n’était pas méchant.

TRUC 3
Pardonner les maladresses sociales

Je suis une bonne personne. Je le sais pour un paquet de raisons. Mais des fois, même si je ne veux que ton bien, c’est inévitable, je vais te blesser. Je vais te dire la vérité que tu ne voulais pas entendre parce que je ne connaissais pas son impact sur toi, je nommerai les tabous, je ne ferai pas ce qu’il faut quand il le faut. Je sourirai à ta peine parce que mon visage affiche encore l’émotion précédente. Bientôt il affichera la bonne, mais pas nécessairement assez vite à ton goût. On me dit que je suis décalée, oui, ça arrive assez souvent. Tu me poseras une question pour être rassuré et moi, je n’aurai que pour seul objectif que de te transmettre la bonne information sans égard à tes attentes, parce que tu ne les as pas nommées et moi je croirai que tu veux réellement savoir.

Et la tâche, la tâche, la fameuse tâche… si j’ai un objectif d’entamé, il est fort possible que je ne puisse pas répondre aux attentes sociales avant qu’il soit complété. Il prend toute la place, c’est comme ça. Obsessionnel et nécessaire.

Ne sois pas fâché contre moi. Si tu en ressens le besoin, imagine-toi simplement que je parle une autre langue et que j’utilise parfois les mauvais mots, pas ceux qu’il faut, parce que je traduis encore dans ma tête.

TRUC 4
Éliminer les imprévus, surprises et autres synonymes de tout ce qui n’est pas prévisible

Un jour j’ai eu un anniversaire auquel je ne m’attendais pas. Non seulement j’ai pleuré, mais je n’ai pas pu en profiter. J’ai besoin de me préparer, d’anticiper les scénarios, de me faire une liste de conversations et d’interactions à l’avance. Je ne me présente jamais quelque part sans une panoplie de dialogues soigneusement sélectionnés et c’est d’une utilité que tu n’imagines pas. Pas de saut ! Pitié, jamais au grand jamais. À moins que tu ne veuilles à tout prix déclencher mes larmes et ma panique pour une raison obscure. Mes enfants le savent, mon conjoint le sait, tout le monde le sait, et la dernière personne qui ne le savait pas m’a vue me désintégrer devant elle. Même pas un petit  »bouh » gentil, rien. Ok ? C’est noté ?

Mes déplacements, mes mouvements, mes interactions et l’ensemble de ce que je fais est pensé à l’avance. Je l’ai visualisé, j’ai prévu les options, les embranchements et les possibilités jusque dans les plus petits détails et c’est comme ça que je peux atteindre une certaine fluidité. Sinon, j’ai un délai. Je décale. Des fois j’écris à l’avance ma prochaine phrase, mais le plus souvent je la répète dans ma tête avant de la prononcer. Si la situation devient complètement aléatoire et imprévisible, je peux perdre ma capacité à te parler. Mes schémas de conversation se déconstruisent et je tombe en mode mutisme. Laisse-moi prévoir et ne me brusque pas. Ça m’aidera beaucoup.

TRUC 5
Communication claire + Poser des questions et écouter les réponses

J’ai déjà assez de difficulté comme ça à déceler les intentions, les sous-entendus et les cachotteries, pitié, donne-moi une chance ! Sois clair. Ne crois pas que je vais lire entre les lignes, ne me laisse pas deviner, évite les non-dits en espérant qu’ils m’apparaissent clairs par magie et précise parfois que c’est une blague surtout si c’est la première fois que tu me taquines sur un truc. Tu peux rire avec moi, je le saurai surtout si le même sujet revient, mais il y a de grosses chances pour que la première fois je te prenne au sérieux, surtout si tu gardes un ton neutre. Tu espères un geste de ma part ? Nomme-le avec clarté. Dis les choses, simplement, sans flafla.

Tu ne sais pas ? Demande. Tu veux comprendre ? Demande. Tu hésites ? Demande. Je le sentirai si tu as un malaise et si je ne sais pas pourquoi, je serai mal. Je ne serai pas insultée de tes interrogations. Mais laisse-moi répondre. Souvent, si on me pose une question plus intense, je prends tant de temps à formuler adéquatement qu’on ne me laisse pas le faire, ou on m’interrompt. Je trouve ça très difficile cette chose entamée et non terminée, elle reste en suspens pour une éternité dans ma tête, elle tourne en boucle et je deviens frustrée. Je m’en veux de n’avoir pas su réagir assez vite et ça me tracasse d’avoir une tâche non complétée. Demande et assure-toi que je puisse boucler notre interaction. Si tu commences, termine, sinon, je demeure coincée dans une quête sans fin.

TRUC 6
Prendre au sérieux et ne pas minimiser

Ne me dis pas que c’est pareil pour tout le monde, que d’autres sont timides aussi.  C’est comme si une personne avec surdité se faisait répondre, ah, c’est rien, moi aussi j’ai des otites parfois. Lorsque tu fais ça, tu me retires le droit à accepter qui je suis, comment je suis et les raisons de mes limites. Tu peux compatir et comprendre si tu vis une situation avec similarités, c’est super, tu peux par exemple la nommer cette timidité, mais ne me dis pas que c’est identique, ce ne sera jamais le cas, tu n’as aucune idée de l’obstacle que j’ai devant moi chaque jour et de la montagne que je traine sur mon dos. C’est neurologique. Ce n’est ni un caprice ni une attitude, c’est un handicap.

Ce n’est pas parce qu’hier je pouvais qu’aujourd’hui je peux encore, ce n’est pas parce que ça te semble simple que ça l’est pour moi. Tu me verras performer dans des domaines bien précis et ce sera ta base pour croire que tout m’est aussi accessible, mais ce n’est pas le cas. Savoir bien écrire ne me rend pas toujours apte à bien communiquer. Avoir un bon emploi n’est pas synonyme que je puisse tout faire. Et ce n’est pas parce que la dernière fois que je t’ai vu j’ai été capable d’être fluide et d’interagir avec toi que ce sera le cas à chaque fois. Parfois je dépasse mes limites et j’en suis fière, mais si ça repousse tes attentes à cet emplacement exact, je serai triste de ne pas pouvoir y répondre.

TRUC 7
Dramatiser est contre-productif

Je n’ai pas une grave maladie incurable, je ne perdrai pas la tête et je ne mourrai pas dans d’atroces souffrances, non. J’ai un handicap qui comporte son lot de défis, mais ça demeure une condition à laquelle on peut s’adapter si on est bien outillé. Alors, ne me prends pas en pitié, sinon je n’oserai plus rien expliquer. Ne crie pas devant tout le monde : « Ne la touche pas !!! Elle n’aime pas ça !!! » (situation vécue) parce que j’aurai alors l’impression d’être une bête de cirque et j’aurai carrément honte d’exister. On prend ça cool, si j’ai un problème, j’en ai un, et puis c’est tout. Oui, je peux me mettre à pleurer devant tout le monde, mais si ça t’affole alors ce sera pire.

Ne crie pas, ne t’emporte pas, ne fait pas d’éclats, sinon je me déconstruirai d’affolement. Sois posé, sois doux. Les aspies ont une grande sensibilité et un simple regard colérique ou une remarque condescendante peut me perturber des jours durant.

Et si par malheur, je fais un meltdown autistique (effondrement émotionnel), n’en rajoute pas, ne panique pas, ne dramatise pas, parce que lorsque ce sera terminé, je serai bien heureuse que tu ne m’aies pas cru au bord de la folie. Ça a une fin, ça se terminera, et j’en ressortirai épuisée, alors si j’ai en plus à gérer un drame, ce sera trop lourd.

TRUC 8
Respecter les pauses et silences

Mon mutisme temporaire a une utilité bien précise. Je dois me recentrer, ou encore, je ne suis plus disponible parce qu’en surcharge ou sur le point de l’être. N’insiste pas, laisse-moi le temps, je reviendrai (ou pas) et si je le fais, je serai plus disposée. Je regarde un point sur le mur depuis une minute ? Puis après, ça ne te fait aucun mal. Me préfères-tu angoissée et stressée à paniquer pour des choses qui te semblent des détails ? Non. Alors, ne me rappelle pas cinquante fois à l’ordre pour que je revienne, je suis en pause et c’est un besoin. Inassouvi, il reviendra sans cesse. Je dois me couper, souvent, c’est comme ça. Et parfois, je n’ai juste pas accès à mes plans de conversation. Ça peut être la faute de la fatigue, du bruit, des gens, des odeurs, tout… tu n’as pas de contrôle là dessus, mais pour moi, la seule manière que j’ai de me contrôler est justement de m’extraire de la situation, ne retire pas cette option.

TRUC 9
Conserver les points de repère

Je m’entête à faire une chose toujours de la même manière ? Ton assiette je la dispose bien droite et pas en angle ? Ma chaise est toujours la même ? J’ai besoin de faire une série de gestes dans l’ordre avant certains autres ? Je suis obsédée par une seule couleur durant quelques années ? C’est tellement pas important, tu ne crois pas ? Pourquoi vouloir te battre contre ça… ça me rassure, ça me calme, alors je ne vois pas l’intérêt de me l’enlever.

Et lorsque mes points de repère sont bouleversés, pardonne les résultats. Mon amie est habillée toute chic et maquillée pour une sortie, et moi, tout ce que je trouve à faire c’est de grimacer d’inconfort… Mon cerveau le sait qu’elle est jolie, mais de l’autre côté ça me retourne qu’elle ne soit pas comme à l’habitude, c’est très déstabilisant. Elle ne m’en veut pas pour ça, elle comprend tout à fait. C’est comme ça et c’est tout.

J’ai besoin de te poser douze fois la même question d’une manière différente ? C’est que j’ai besoin d’être rassurée, d’être certaine, de me créer des repères clairs. Je ne ferai pas tout le temps ça, mais si cette fois ça arrive, c’est que c’est une nécessité. Sois patient, ça m’évitera de paniquer.

Je m’accroche à certaines règles sans considération pour le côté raisonnable de la chose, j’ai besoin de repères bien définis et de situations prévisibles. C’est mon fonctionnement, évite que ça te tape sur les nerfs, si tu peux.

TRUC 10
Ne pas sous-estimer

J’ai un potentiel énorme, il est seulement différent du tien. Ne me limite pas d’emblée; c’est à moi seule de décider si je suis capable. Je connais la marge de manœuvre de laquelle je dispose. Tous les Aspergers n’ont pas les mêmes empêchements, certains ne pourront jamais conduire, ou préférerons de pas avoir d’enfants, pour d’autres ce sera les groupes ou les relations de couple qui seront hors de portée, c’est à chacun de nous de faire notre introspection et de constater ce qui peut être accompli. Ne généralise pas. Tu connais un autre autiste ? Oui, nos avons des points en commun, comme des personnes d’une même culture en ont, mais notre individualité demeure et tous nos ressentis ne sont pas partagés et vécus de la même manière. Certains se balancent, ils sont vestibulaires, moi je suis proprioceptive et je préfère les pressions profondes et nos besoins seront alors différents, il en est de même pour notre potentiel, laisse-moi me sonder et je pourrai te surprendre.

Je parle ici au parent, au professeur et plus tard à l’employeur, lâche la bride et laisse l’aspie explorer, il te surprendra par ses méthodes non conventionnelles pour arriver à atteindre les buts qu’il se fixera si tu ne le convaincs pas qu’il ne peut pas avant même qu’il le tente. Ouvre-lui toutes les portes et ne lui en tiens pas rigueur si certaines d’entre elles sont trop grandes pour que ses pieds puissent les enjamber.

Les neurotypiques qui m’entourent sont des amours, ça m’aide à être heureuse… je souhaite la même chose à tout le monde. Merci !

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  • Julie Tremblay

    J’adore ce regroupement de trucs que vous abordez. Ils peuvent tout aussi bien convenir aux hommes qu’aux femmes. Je ferai connaitre votre billet pour le plus grand bien de mes proches.
    Merci d’être pro-active dans l’univers des aspis !

    Au plaisir !

    • Au royaume d’une Aspergirl

      Merci bien Julie ! Je suis heureuse que ça serve, c’est le but.

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  • Manon Darche

    Je retrouve tellement les comportements de ma fille dans vos récits, et ce qu’elle vit et ressent au quotidien. Merci de mettre des mots sur ce que vous vivez. Je vais, si vous me le permettez, me servir de ce texte pour mieux expliquer le monde « asperger » à mes proches. Merci beaucoup !

    • Au royaume d’une Aspergirl

      Mais oui, c’est ça mon intention, je voudrais que ça serve, que ce soit utile. Merci 🙂

  • Mél

    Bonjour/bonsoir,
    Merci pour avoir mis des mots sur ces choses qu’on peine tellement à expliquer aux gens parfois, le point numéro 6 me pose personnellement beaucoup de soucis, car il touche aussi les gens qui me sont proches et m’acceptent vraiment (apparemment?). Ils ont tendance à vouloir normaliser ces choses qui me causent des soucis! En disant « tout le monde est « particulier », tu devrais pas y accorder autant d’importance, dis toi qu’on t’aime comme ça, que tu es toi et c’est tout… » pourtant ils ne savent pas ce que ça a comme conséquences dans la vie de tous les jours d’être « neur-autrement » et même avec eux parfois.
    Il m’arrive même de croire que ce n’est rien, mais ça ne dure jamais très longtemps et je ressens ce qu’ils disent comme une négation de moi même, comme s’ils me discréditaient dans mon ressenti (bien qu’à force je me dis que c’est surement avec de bonnes intentions qu’ils le font). Ça me met dans un état de stress et de négation de moi même intense… je me dis que peut-être que je me monte la tête vraiment, parfois. Pourtant la réalité me prouve souvent que ce n’est pas qu’une « vue de l’esprit ».

    Mais lorsqu’on grandit en ayant des commentaires du genre « Si tu es comme ça, c’est juste de la mauvaise volonté » ou parfois des propos bien pires et sans réelle prise de conscience de ce que ça peut signifier pour la personne a qui on le dit… … difficile de s’en défaire, même si au fond on sait, nous, ce qu’on fait, les efforts et la fatigue.

    On peut s’adapter plus ou moins bien à certaines choses, mais ce n’est pas aussi évident qu’ils semblent le penser et ce que vous avez écrit (pratiquement tout, en fait) me rassure beaucoup, et j’espère aussi que ça pourra aider les gens à comprendre un peu mieux ces comportements. Merci.

    • Au royaume d’une Aspergirl

      Je comprends tout à fait ce ressenti. Je me parle bien fort pour me répéter que ça part effectivement d’une bonne intention. Je crois que les gens ont besoin de nous rassurer mais en fait ça fait l’effet contraire.

      Mon amoureux me propose une bonne technique pour m’aider face à cette frustration, il dit qu’il faut nommer le monstre. Le monstre étant l’état qui nous habite. Ou la peur, ou le négatif. Bref, il faut le nommer.

      Par exemple :

      Je me sens angoissée actuellement parce que je sens que je ne dis pas ce que tu attends.
      Je me sens surchargée par le bruit et je n’arrive pas à interagir correctement.
      Je me sens envahie et ça me bloque complètement, donc je n’arrive pas à te parler comme j’aimerais.
      Mon vêtement m’agresse et ça prend toute la place dans ma tête, c’est pour ça que je me sens mal là tout de suite, ce n’est pas de ta faute.
      J’ai peur. Etc…

      Nomme, écris le s’il le faut, mais nomme. Les gens ne peuvent pas deviner mais ils savent comprendre.

      • Mél

        Eh bien, merci pour ce conseil. Je suis constamment en train de penser à tout, moi aussi… et surtout, pour chaque chose sociale que j’entreprends à ça: « je dois expliquer, je dois être claire, je dois éviter les blancs dans les conversations (ça ça ne me gêne pas vraiment, moi, mais si je le fais, je crois qu’on me prend pour une idiote)… je dois… je dois… » en fait tout ce que j’aimerai qu’on fasse pour moi, si je ne le fais pas pour les autres, je me sens terriblement mal à l’aise. Mais s’il faut que je m’habitue à nommer le monstre, je commencerai par:

        – Je dois vous répondre, et c’est: non, il n’y a aucune inquiétude à avoir avec ce que vous avez répondu. Vous proposez des astuces et c’est très bien!
        – Mais ce qui m’angoisse est surtout que je ne sais pas si je dois continuer à vous dire « vous », quand vous me tutoyez, alors que c’est quelque chose qu’on me reproche souvent comme étant une mise à distance… et que ce n’est absolument pas mon intention, mais juste une loi que j’ai apprise dans mon éducation…

        – si je dois continuer à vous parler alors que je ne parle finalement que de moi même et que ça ne vous apporte peut-être rien à vous…
        – que ça m’ennuie de relire et relire ce message en cours et de me demander si je vais pas tout couper et que ça va finir aux oubliettes!

        Je pense avoir compris l’astuce, mais je me demande juste s’il faut vraiment le dire aux personnes ou se le dire à soi même. J’ai tendance naturellement à le dire aux personnes avec qui je suis en confiance (étrangement, là je n’ai pas de mal, je ne me sens pas incomprise), mais je ne suis pas sure du résultat! Ça me rappelle le titre d’un de vos articles… (j’ai découvert le blog cet après midi) « Taux d’efficacité ? Bof… » J’ai l’impression qu’eux n’en ont pas besoin, de toutes ces précautions qui semblent les agacer.

        Néanmoins, je pense essayer de généraliser autant que possible ce conseil! Il me semble bon. Le problème est aussi que je suis terrorisée à l’idée de passer des tests de diagnostique pour la même raison que j’ai lue dans un autre article, j’ai peur de découvrir que je suis fausse… alors que moi même j’ai horreur des faux semblants et autres mensonges, si je découvre que je me mens à moi même… qu’est-ce que je fais?… du coup, le temps énorme que prennent les institutions (CRA) est vécu d’une manière très étrange: entre le sentiment de soulagement et le besoin de savoir comme pour « me valider ».

        Maintenant pire que jamais, j’ai peur de vous avoir pris trop de temps. (je ne suis pas une mauvaise élève! Je m’entraine.) Et ne vous inquiétez pas si vous manquez de temps ou d’énergie pour répondre. Merci pour tout ça.

        • Au royaume d’une Aspergirl

          En tout cas, youpi ! J’ai rigolé et ça fait du bien. On dirait moi qui pense tout haut.

          Tu peux me tutoyer ou me vouvoyer ou peu importe. Dans le blogue je tente de tutoyer souvent pour donner le ton, pour établir des échanges fluides. C’est plus facile que dans la vraie vie dans laquelle je vouvoie pratiquement tout le monde.

          On peut nommer tout haut, je le fais et ça désamorce bien des malaises. Quand les gens savent ils peuvent arrêter de se poser des questions ou de penser qu’ils ont fait quelque chose de mal.

          Puis en fait j’adore ça quand les gens répondent, interagissent, écrivent suite à mes textes. Ça me fait me sentir utile !

          • Mél

            Eh bien… je pense que je vais venir lire par ici souvent, de toutes façons je n’ai pas fini de lire tous les articles, loin de la!
            Je peux donc à présent te tutoyer sans problèmes, tant que la personne en a envie, ça me va (bien qu’avec certaines personnes ça ne marche totalement pas et là je comprends quand même le malaise que ça provoque chez eux) mais sois assurée que même sans commentaires, ton blogue est très utile, de mon côté c’est rare que j’ose commenter alors ça veut dire beaucoup: il a vraiment réussi à me toucher et m’aider, ne serais-ce qu’en me sentant intellectuellement et émotionnellement moins bizarre.

            Et je dois ajouter que de t’avoir fait rire c’est un super bonus!

          • Au royaume d’une Aspergirl

            Étrangement, je commence tout de même à aimer le mot bizarre. Que ce soit lorsque mon fils le plus jeune me le dit avec son petit visage taquin et qu’il se trouve très très drôle de dire  »ma mère est bizarre », avec cet accent saguenéen sur le  »a » que je ne saurais même pas reproduire ou lorsque je réalise à quel point mes goûts et ma manière de percevoir sont à des lieux des typiques. Bizarre, pourquoi pas. Au Cégep j’avais malheureusement gagné le prix de la plus bizarre ainsi que celui de la plus perdue de l’établissement. À l’époque c’était une insulte et pourtant maintenant, j’ai envie d’aimer ça. De toute manière, si je veux apprendre à cesser de me détester à chaque erreur, je dois créer cette petite affection envers des traits qui sont intrinsèques.

            Toucher, aider. Si tu savais comme ça me fait du bien. C’est comme si ce que je considérais avant comme mauvais devenait soudain mon allié. Moi aussi je suis touchée et moi aussi ça m’aide.

          • Mél

            En fait, je crois que certaines personnes ont bien dû se faire un ami du mot « bizarre » autant que du concept. A force, je pense qu’ « on » le connais… comme dans le Petit Prince, « On ne connait que les choses que l’on apprivoise ». On s’est apprivoisés, je crois. (Je cite le « Petit Prince » de Saint-Exupéry… je trouve tellement censé ce qu’il y a dans ce livre. Même si c’est à en pleurer bien souvent.)
            Quand je vois certaines choses que je ne comprends pas, je finis par être « contente » de ne pas les comprendre parfois. Je me dis qu’il est sans doute préférable de ne pas comprendre certains comportement qui ont l’air d’avoir des conséquences si mauvaises. De ce point de vue, je crois que moi aussi j’aime bien notre bizarrerie!

            Le parcours scolaire… oh la la. Je filais tellement vite après les cours pour me réfugier chez moi, que j’avais pas vraiment l’occasion de savoir ce que les autres en pensaient vraiment… Mais c’était évident quand je posais les questions bizarres que les autres ne se posaient jamais que j’étais surement considérée comme bizarre. Pareil pour les « têtes que je faisais »… apparemment quand j’étais triste ou que j’angoissais (moi aussi, je suis très angoissée, mais j’essaye de me soigner au mieux), je pensais que ça se voyait en tant que tel mais non, ils ne voyaient qu’une « furie » (dans une colère monstrueuse) apparemment!
            (wao, c’est plus facile d’écrire c’est incroyable! les grands blancs -ou la tonnes de choses que je dois vérifier entre temps- passent inaperçus! ouf!)
            J’ai lu des articles aujourd’hui encore et je vois certaines situations qui ont été très dures… Je suis contente que finalement, tu arrives à aimer ce côté que tu n’aimais pas de toi, tu peux aimer ce côté et plein d’autres, je crois. Ils ont l’air bien.

            (et là j’aurai besoin de m’excuser car parfois ça rend les gens mal à l’aise quand je dis ce genre de choses, je me retiens de le dire mot pour mots, mais l’explication est là! je dois sans cesse expliquer que j’ai un besoin vital d’exprimer ma gratitude et d’exprimer ce que je trouve positif. A moi ça me parait pourtant tellement naturel… vive les gens compliqués! -autant en rire, parfois-)

          • Au royaume d’une Aspergirl

            Quand une chose nous colle autant à la peau et qu’elle est là pour rester, tant mieux si on peut s’en faire une amie. Bizarrerie, mon amie, mais oui… Pour la perception de bizarre au Cégep, je ne l’aurais pas su sans ce sondage. On me passait bien quelques remarques parfois, mais je n’y comprenais pas grand chose. Je crois que j’interprétais à ma manière et ça ne donnait pas vraiment les résultats entendus.

            C’est vrai que c’est plus facile d’écrire. Ça coule tout seul, on n’a pas ce stress de devoir filtrer à mesure puisqu’on a qu’à se relire ensuite. Les mots peuvent couler, sortir dans l’ordre d’arrivée et ça fait un bien fou.

            Je trouve ça très encourageant cette gratitude. C’est comme un signe positif, un indice d’amélioration de tout. J’ai tellement espoir d’arriver peut-être à faire cette petite différence. Merci !

  • Jean-Guy Paquette

    Super bon manuel pour neurotypiques lol. Le truc numéro 3 c’est ce sur quoi je suis le plus concentré quand je rencontre quelqu’un. Je dis toujours a mon interlocuteur que si je ne le regarde pas dans les yeux, que ça veux pas dire que je ne l’écoute pas, au contraire, je focu ce qui peut déraper ailleurs et ca me permet de me concentrer sur ce qu’il dit. Et aussi je dit toujours que des fois je peut dire une chose qui peut paraître insultante, mais que ce n’est jamais le cas, alors je dit toujours à la personne de choisir la version positive de ce que je dis! lol

    • Au royaume d’une Aspergirl

      Tellement ! Un technicien est venu chez nous pour m’expliquer des choses sur mon poêle aux granules et comme je voulais bien emmagasiner l’information je ne regardais que le poêle au lieu de le regarder lui. Il s’en est plaint. J’étais trop timide pour réellement lui expliquer mais c’est tellement vrai.

  • Ingrid

    Bonjour

    Merci pour ce petit manuel qui me fait du bien…ca me remet dans la tête les petites choses que je peux faire pour aider mes aspi (mon mari et ma fille)!
    Si tu le permets je voudrais mettre le lien de cet article sur mon blog : ca pourrait aider d’autres parents, conjoints

    Merci merci
    Bonne journée

    Ingrid

    • Au royaume d’une Asperger

      Ah merci, je suis tellement contente lorsqu’on me dit que mes textes aident. Et des liens c’est toujours apprécié, bien entendu.

      Certaines personnes prenaient les textes et les reproduisaient en détruisant la mise en page (grrr) :), mais un lien c’est super.

      • Ingrid

        Pas de souci je mettrai le lien 😉
        Je comprends tout à fait ce que tu veux dire. Je n’aimerai pas non plus qu’on reproduise mes articles sans leur forme d’origine.

        Si tu veux je te mettrai le lien de mon article 😉

        Bon week-end

        Ingrid

        • Au royaume d’une Asperger

          Avec plaisir, j’aimerais probablement aussi visiter le reste du site. On n’a jamais trop de lecture…

          • Ingrid

            Voici le lien :

            http://www.astypiques.fr/2017/07/02/un-guide-pour-les-neurotypiques-au-royaume-de-lasperger/

            J’espère qu’il te plaira!!

            Avec plaisir visite le reste du blog et dis moi ce que tu en penses😉

            Bonne journée

          • Au royaume d’une Asperger

            Oui, je l’avais eu dans l’autre réponse (que mon disqus avait bloqué temporairement). Je m’y suis promené, c’est intéressant. C’est bon que plusieurs personnes s’expriment sur l’autisme, ça démystifie.

          • Ingrid

            Merci merci!
            Je l’espère aussi 😉 Les gens méconnaissent encore beaucoup l’autisme. En en parlant et en écrivant peut être ca fera évoluer les mentalités

          • Au royaume d’une Asperger

            Ça commence déjà… j’ai bon espoir.

          • Ingrid

            C’est clair on y croit on y croit 😍😍

          • Au royaume d’une Asperger

            Oui !

  • Alexandre G

    C’est un superbe article et je trouve ça intéressant que ce soit rédigé par quelqu’un qui est également asperger, plutôt que par une personne qui ne l’est pas et qui prétend parfaitement comprendre nos interactions. Bref je suis content d’être tombé sur ce site au hasard, je me reconnais parfaitement dans ce fameux « Top 10 » car bien qu’on est tous différent les uns des autres, je peux tout de même confirmer la vaste majorité des points cités plus haut 😮

    • Au royaume d’une Asperger

      Un gros merci Alexandre ! J’ai tenté de prendre en compte les particularités que je voyais revenir le plus souvent chez les différentes personnes Asperger avec qui j’ai discuté. En même temps, je parle pour moi, ce n’est jamais 100 % pareil d’une personne à l’autre. Ça semble tout de même convenir aux autres aspies alors je suis bien contente de ma petite liste.