humour autiste Asperger

Mes tout petits malentendus d’autiste Asperger face à l’humour.

Valérie-Jessica Les particularités 0 commentaire

Avant que vous n’entamiez la lecture de cet article, je tiens à préciser que je ne suis pas stupide. C’est plutôt que, comme se plait à mentionner l’amoureux, avec moi il ne faut rien prendre pour acquis.

On sait déjà que le deuxième degré et moi, nous ne sommes pas superbement bien synchronisés. Le petit lutin chargé d’installer le module blague dans mon cerveau s’est barré les pieds dedans et il a tout emmêlé les fils alors ça fonctionne assez aléatoirement cette fonction-là. Le résultat, c’est que je peux faire de jolis jeux de mots qui m’amusent, j’aime rire, mais la majorité du temps, je ne sais pas à quel moment nous avons basculé du côté humour de la force.

Fils, on ne fait pas ça !

Mon fils:

Si tu me vois pas, je ne te vois pas.

Moi :

Ah, c’est drôle, ça vient d’où cette phrase ?

Mon fils:

J’ai vu ça sur attardé.com

Moi :

C’est quoi ça ?

Mon fils:

Un site que j’ai créé.

Moi :

Fils ! J’espère que tu n’as pas créé un site web qui s’appelle comme ça ! Ce n’est pas correct comme mot ! C’est un manque de respect envers les personnes déficientes ! Je ne suis pas d’ac….

Mon fils:

Maman ! Je n’ai pas créé de site web, voyons !

Je n’ai pas pensé au fait qu’il a onze ans, pas de carte de crédit pour payer le nom de domaine, etc. ! Je n’ai que focalisé sur le mot attardé. Un détail et l’info logique disparait. Je me fais avoir à chaque fois. Il me dit ce qu’il considère comme une drôle de blague et je tombe directement dans le piège à son grannnnd plaisir.

Le client qui fait son petit comique

Lui je ne le comprends pas. Je sais qu’il blague, je sais qu’il s’amuse, mais je ne sais pas quoi répondre parce que je ne comprends juste pas son humour. Alors je tente de me sortir de mon pétrin avec des explications interminables à chacune de ses affirmations. Exemple concret d’un de nos dialogues :

Client :

T’envoies des photos de tes photos je trouve ça pas mal narcissique ?

Moi :

(Explication sens dessus dessous pour prouver que je ne suis pas narcissique.) Non, mais tsé… je ne veux pas être une me myself and I, ce n’est pas gentil… Alors après m’avoir laissé me débrouiller et me dépêtrer sans réussir à fournir une réponse décente il me répond :

Sur ce, pour conclure, je vais te citer une sage parole : Dans la vie, il y a deux types de personnes, il y a ceux qui sont difficiles à faire parler et il y a les autres, puis toi tu es dans le deuxième groupe.

Que voulez-vous que je réponde à ça ? Non, mais, de l’aide, quelqu’un ??? Le pire c’est que ce client me met super de bonne humeur même s’il me dit plein de blagues auxquelles je ne sais pas réagir. Plus je patine, plus l’adrénaline monte, mais je sais que ce n’est pas grave alors je ris malgré tout. Une chose est claire, son mode humour est activé de manière permanente alors je tente de nager dedans… sans grand succès.

Une enfant un brin parano…

À force de faire rire de moi, j’étais une enfant susceptible et méfiante. Les autres élèves ne me taquinaient pas, ils m’humiliaient en permanence. Les très jeunes ne savent pas  »rire avec », ils savent  »rire de ». Résultat, quiconque tentant de m’amuser se frappait à ma frustration, j’étais détestable face à toute forme d’humour m’impliquant, que ce soit une chanson avec mon prénom ou des jeux de mots avec mon nom de famille, je me fâchais. Mode cornu activé, j’étais froide et agressive devant les farces. Même les clowns je les détestais et les gens de nature espiègle me terrorisaient.

Je me souviens de ma colère face à un jeune homme mentionnant s’appeler Vincent. J’étais certaine qu’il tentait de me rabaisser en me forçant à admettre que son nom était formé des nombres vingt et cent. Je m’imaginais déjà qu’une fois que j’aurais accepté cette possibilité, il dirait à tout le monde à quel point j’étais idiote, alors j’ai préféré me fâcher contre lui et m’enfuir en lui disant de me laisser tranquille. Capacité à se faire des amis : 0. Rejet des autres :1.

J’ai le sens de l’humour, il était temps.

Au camping, je suis le sujet de taquineries favori d’un de mes voisins et sincèrement, je trouve ça amusant. Si c’est gentil, c’est de l’attention positive puisque la personne s’amuse. Zéro problème avec ça. Puis ça me donne le droit de dire tout ce qui me passe par la tête à son sujet, que ses vêtements sont mal agencés, qu’il est trop poilu, qu’il est bronzé tout de travers et que la plaque d’immatriculation de son véhicule lance de drôle de messages.

Une autiste, ce n’est pas dépourvu de sens de l’humour, c’est seulement trèèèès différent de l’humour neurotypique et qu’est-ce que ça dérange si je suis seule à pleurer de rire lorsque je crée un superbe calembour (selon ma définition de ce qui est amusant) ! Différente souvent, drôle sans le faire exprès la plupart du temps, un peu en décalage trois fois sur quatre, mais ouverte à rire, c’est moi ça !

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