Les erreurs d'une asperger dans la lune

La gaffe du jour. L’herbe à puce.

Valérie-Jessica La gaffe du jour, Non classé 4 commentaires

Voici comment fonctionne le traitement des infos avec une presque inconnue. Le stress est tellement grand du fait que je ne connais pas encore la personnalisation unique de son non verbal et de ses intonations que je dois décortiquer morceau par morceau les énoncés. Pour ça, je fabrique mes images le plus vite possible pour regarder ce qu’elle dit.

Avancée imprévue d’une interlocutrice

La voisine de camping approche et se dirige clairement vers moi dans le but d’une interaction non prévue et non préparée. Donc je n’ai rien pratiqué à l’avance. Mon pouls s’accélère. Elle a un sourire, donc techniquement ça va. J’observe sa démarche, sa vitesse, je cherche des indices avec un mince espoir de gagner quelques secondes pour la préparation mentale.

La voisine

Est-ce que ta fille a des boutons ? Des bobos, des boursouflures ? Nos filles sont allées marcher dans de l’herbe à puce et la mienne a une réaction. La tienne ? Parce que si oui il faut donner des soins précis…

Moi je suis là à me répéter en boucle : ″Allez grouille toi, fabrique tes images et réponds, puis arrange-toi pour ne pas dire de niaiseries !!!″Alors, dans ma tête, c’est comme une série de diapos collées les unes aux autres et l’écoute passe par une superposition visuelle de ces images tranche par tranche.

1. Ma fille. 2. L’herbe à puce. 3. Une réaction ?

Ne traiter que l’info image.

C’est obtus sous stress. Ça s’arrête là et la réflexion n’a aucune autonomie, contrairement à si je suis en terrain connu.

Pas d’accès aux liens

Donc le fait que l’invitée de ma fille pour la fin de semaine au camping ait justement des boutons et boursouflures étranges aux jambes, qu’elle s’en soit plainte à moi, que j’aie tenté de la soigner, tout ceci est demeuré inaccessible comme info et c’est bien plus tard que j’ai attaché les mondes ensemble.

Être autiste c’est souvent de prendre les mots reçus, de les transformer en images tels qu’ils sont, pires qu’au premier degré. C’est de traiter la lecture des mots comme des clichés uniques sans flexibilité. La question que j’ai traitée était de savoir si ma fille avait une réaction, pas l’invitée. C’est simple comme ça.

Je pourrais bien chialer et dire : Ha ! c’est la faute des neurotypiques, ils ne sont pas clairs ceux-là !, il me semble que ça ferait bien de tout mettre sur leur dos, hi hi… de toute manière ils sont beaucoup plus nombreux, ils peuvent bien se partager le poids de l’erreur de précision ? (blague)

De le décortiquer m’aide à comprendre pourquoi parfois les dialogues sont aussi fastidieux et pourquoi je n’ai pas absolument pas fait le lien. Pourtant je suis intelligente. C’est seulement que l’accès à ma logique est grandement perturbé lorsque je dois gérer tout le reste qui est si étrangement  naturel pour les neurotypiques. C’est comme ça et il vaut mieux en rire.

Rire.

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  • Isabelle St-Jean

    Bonjour,
    Est ce parce que ma grande fille est autiste aussi mais, je te rassure, j’ai moi aussi interprété au premier degré le message. Tu as parfaitement raison en disant que les neurotypiques ne sont pas toujours clairs et en plus, nous avons tendance à ne pas bien « écouter ».
    En passant j’aime beaucoup te lire et en discuter par la suite avec ma grande.

    • Au royaume d’une Asperger

      C’est la vue d’ensemble qui manque. Aller plus loin, extrapoler, penser aux autres possibilités. Sous stress cette vision est désactivée. Seule, ça redevient fonctionnel. Une chance que j’ai une bonne mémoire, ça me permet de repasser toutes les conversations de la journée et de constater ce que j’ai manqué. Hi hi. Je suis contente que ça serve dans votre vie de famille, ça me fait sentir utile.

  • christinez

    J’aurai penser aussi de cette façon… c’est logique

    • Au royaume d’une Asperger

      Oui, logique.