L'estime de soi trop fragile

Ce puissant sentiment d’incompétence ou l’estime de soi trop fragile.

Valérie-Jessica La démarche 8 commentaires

C’est fragile l’estime. Surtout si c’est nouveau. Et encore plus si elle a constamment besoin de carburant pour ne pas se faire oublier. Qu’on le veuille ou non, malgré toute la volonté du monde, être différent nous oblige à constamment devoir prouver notre valeur. Je suis ma pire juge. C’est à coup d’efforts de fou que je me convaincs parfois que je mérite d’être aimée, alors si trop de lacunes me nuisent ou nuisent aux autres en un court laps de temps, ma belle attitude positive manque de ressources pour être alimentée.

Je suis confronté à une vérité qui ne me plait pas du tout. Mon estime a foutu le camp. Je ne voulais pas écrire, mais ma sage amie m’a dit :

« Un ciel bleu tout le temps ça ne se peut pas. »

Je vais donc essayer d’attaquer le nuage qui me recouvre à coup d’analyse de ce qui a bien pu me mettre dans un tel état.

La honte empilée.

Ce sont toutes ces couches de je ne suis pas fière de moi, qui, si elles se superposent trop rapidement, dévorent en un temps record une confiance et une fierté dont les fondations sont en papier mâché. Je suis toute démantibulé. Là ça va mal. J’ai l’impression de tout faire de travers. Je n’arrive plus à me sentir utile.

Les changements et moi, c’est une super mauvaise idée de nous mélanger.

Changement d’horaire.

L’amoureux a changé d’emploi. Y’a rien là ? C’est ce que je pensais. J’avais tout faux. L’horaire bouleversé met en lumière mes lacunes à m’adapter. À répétition je prépare le riz et les légumes, mais je n’allume pas le cuiseur, je range les aliments périssables dans l’armoire, j’abandonne les serviettes dans la laveuse et j’oublie de me nourrir. Je ne mets pas les poubelles et le recyclage au bord du chemin à temps. Je n’arrive pas à prendre correctement le relais des nouvelles tâches. Inutile. Je me sens inutile.

« Tu n’arriveras plus à sortir. »

Parce qu’il est tellement sur la route, l’amoureux a légèrement modifié sa manière de conduire le véhicule. Ça me rend parano, en hyper vigilance, critiqueuse et sur la défensive. J’ai peur et j’en deviens harcelante. Il me demande de cesser de lancer mon angoisse de la sorte, ce serait dangereux pour la personne qui conduit. Comment lui expliquer à quel point la moindre variation des mouvements qui m’ont pris des années à tolérer est drainante ? Il extrapole et s’imagine qu’à long terme je ne voudrai plus m’extraire de la maison. Je me sens comme un poids.

Mes 16 minutes si rassurantes sont bousillées.

Notre chorégraphie d’arrivée au camping est toute chamboulée. Mon 16 minutes si prévisible est cassé. Notre ainé a maintenant un emploi et ne nous accompagne plus systématiquement. À cause du nouvel horaire de l’amoureux, lui et moi n’arrivons plus en même temps. C’est anarchique, anxiogène; les enfants tournent dans tous les sens, ils sont bruyants, désorganisés, même l’embarquement m’oppresse. J’en pleure à chaque fois.

Même le rythme des conversations est modifié.

Nous avions, au fil des années, développé une certaine dynamique au niveau des conversations de couple, un rythme que je connaissais par cœur. Les interactions pouvaient être dynamiques parce qu’elles étaient prévisibles au niveau des schémas de dialogues. Je n’avais pas à sans cesse me calibrer sur un débit changeant. Je n’avais pas à constamment chercher mes repères et je pouvais donc me concentrer sur le contenu. Lorsque l’amoureux arrivait du travail, il y avait toujours cet échange dans la cuisine, maintenant, il doit commencer par descendre prendre ses courriels. Nous sommes constamment interrompus par son téléphone et comme il est beaucoup sur la route, il n’a plus autant besoin de réfléchir tout haut avec moi, non. Il profite du temps seul sur la route pour traiter ses données de façon autonome. Je sens que j’ai perdu mon rôle, mon utilité.

Conséquences

Tout ceci m’a fragilisée, m’a rendu irritable et instable. J’ai l’impression d’être sans cesse à tenter de classer les données éparses, j’ai l’impression d’être un draveur avec des buches qui volent dans tous les sens. Je crois que je vais tomber à l’eau, coincée entre toutes ces buches-données.

On a parlé, j’ai nommé, mais je n’arrive pas à me recalibrer et me revaloriser.

Nous avons parlé, beaucoup, l’amoureux a constaté qu’il nous fallait des ajustements et met tous les efforts pour m’aider, mais je ne me sens pas mieux, je me sens inapte, inutile, j’ai l’impression de tirer vers le bas tous ceux qui m’entourent par mon manque de flexibilité. Cette rigidité qui me sert si bien dans mon travail et dans ma détermination est maintenant un immense frein. Je n’arrive pas à m’ajuster.

J’ai peur qu’on ne m’aime plus, c’est ça le problème.

Je sens que je brise tout. Je me sens trop déconstruite. Ça m’en prend toujours plus que la majorité des gens pour me convaincre de ma valeur.

Dimanche nous avions ces photos de familles, avec un groupe de 19 humains. Ça hurlait des encouragements, le photographe produisait sans cesse cet horrible sifflement pour réveiller son public. Le chaos sonore régnait et m’attaquait de tous les côtés. Je n’ai pas su gérer et je me suis extraite de la photo de couple en pleurant après avoir repoussé une personne que j’aime beaucoup qui tentait de me placer le bras pour la photo. Je lui ai fait de la peine. Mais c’est tellement impossible de gérer ce corps en surcharge, lui demander de prendre une pose c’est juste trop. Dans tous les cas j’en suis incapable à la base, alors encore bien moins si mes vêtements ne sont pas doux, si j’ai chaud, si le photographe produit ce son horrible et si les adultes présents décident que pour mettre de l’ambiance il faut crier comme des possédés.

Éviter

J’ai passé des semaines sans aller à ma sortie photos du mardi. Honnêtement j’ai peur solide. Septembre arrive et je ne vais pas assez bien pour voir les gens sans les blesser par mes maladresses amplifiées par mon état désorganisé. L’amoureux me dit de ne pas avoir peur et qu’au besoin il repassera derrière pour tout réparer, mais j’ai l’impression que ce n’est pas si simple.

Je ne sais pas ce dont j’ai besoin.

Je n’arrive plus à sentir ma valeur. Je ne sais pas ce dont j’ai besoin. Autour de moi on me dit de demander, on m’offre de l’aide, mais je ne sais pas quoi demander et j’ai trop peur de déranger. Je n’ai aucune idée de quelles actions concrètes je dois poser pour espérer me réparer.

J’ai demandé de l’aide professionnelle et j’ai été surprise de constater que ça existe sous un format de qualité. La dame qu’on m’a assignée est particulièrement pragmatique et logique. Ce n’est sans doute pas un hasard, ils se sont peut-être dit : « On n’attire pas une autiste avec de l’abstrait. » Aucune théorie weird ou psychologie à deux sous, elle semble savoir se concentrer sur le concret sans fla-fla. J’ai même eu droit à son courriel en bonus pour parfois écrire au lieu de parler, parce que les mots ne veulent pas toujours être entendus. Lus, ça va.

Je pense lui accorder ma confiance parce que j’ai un gros travail à faire si je veux que ma météo soit bleue le plus souvent possible. Un peu de pluie grise c’est logique et inévitable, mais là, je suis toute inondée. Si je ne veux pas me noyer, je vais devoir y mettre les efforts.

Vive le bleu.­­

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  • Nathalie Cadet

    Courage à toi. Tu y arriveras… 🙂

    • Au royaume d’une Asperger

      Merci.

  • Laure-line Droy

    Bonjour, même si je ne t’écris pas souvent, je te lis depuis longtemps et j’ai peut-être quelques conseils à te donner.
    Découpe ton gros tas de problèmes en petits bouts et cherche des petites solutions à chacun de ces petits bouts de problèmes. Prends les, l’un après l’autre en commençant par ce qui te semble le plus facile. Ne cherche pas à tout résoudre en même temps. Personne ne le peux. Par exemple, moi, lorsque je me sens perdue, je fait une liste des choses que j’ai à faire dans le bon ordre. Tant que je n’ai pas tout coché, je continue. Courage, il arrive à tout le monde de perdre pied, aspie ou pas.

    P.S. Et je ne serais pas vexée si mes conseils ne te conviennent pas et que tu choisis de ne pas les suivre.

    • Au royaume d’une Asperger

      La personne que j’ai rencontré pour m’aider a dit la même chose. Ça me semble logique. La liste est déjà faite par contre, mais cette fois, je vais laisser la personne me guider un peu dans les priorités parce que je crois que mon jugement est temporairement biaisé.

      • Laure-line Droy

        Le bon ordre, c’est de commencer par celui qui est le plus facile à résoudre. Ça permet de reprendre doucement confiance en soi avant de s’attaquer à plus dur.

        • Au royaume d’une Asperger

          Mon rendez-vous est jeudi. Étrangement, plusieurs des problèmes sont quasi réglés et c’est un point qui me fait paniquer car techniquement je devrais me sentir mieux. Les choses se placent et moi je continue à être en mode désespoir… je ne comprends pas. J’ai dit à la dame qu’en priorité j’avais besoin de comprendre puisque mon ressenti actuel me semble illogique.

          • Laure-line Droy

            C’est parce que les problèmes qui te semblent les plus durs à résoudre sont aussi ceux qui te font le plus souffrir. Quand tu t’attaquera à l’un de ces points là et que tu le vaincras, tu sentiras plus la différence. Mais en attendant chaque petite victoire reste bonne à prendre et te rend plus forte même si tu ne t’en rends pas compte.

          • Au royaume d’une Asperger

            Au travail alors…