Le robinet à vider les émotions, ça s'installe ?

Plombier demandé. Compétence : installation d’un robinet à émotions.

Valérie-Jessica La démarche 4 commentaires

Est-ce qu’il y a quelque chose de plus irrationnel, illogique et inclassable que les saletés d’émotions…? Il paraitrait qu’on a un espace à l’intérieur, une sorte de bulle virtuelle censée contenir une certaine quantité de données émotives et / ou rationnelles. Puis si les émotions ne sortent pas, elles empêcheraient la logique de faire son beau travail. Oui, oui, une pro m’a dit ça et je l’ai noté dans mon petit calepin rayé bleu.

Ouverture des valves à données émotives.

Les personnes autistes progressent toute leur vie, mais les apprentissages ne se font pas dans l’ordre habituel. On pige dans le lac des cartes de compétence variées. Ça donne parfois des super talents (pics de compétences), mais avec des lacunes étranges dans d’autres sphères.

Moi, avant l’âge adulte, mon cerveau avait décidé que des émotions, non seulement ce n’était pas vraiment utile, mais aussi que ça existait moyennement. Il avait plus intéressant à faire. L’affection, l’attachement, le soulagement, je ne sentais pas ça. Je ne pouvais pas identifier chez moi la différence entre embarras et crainte. En nommer la description du dictionnaire c’était simple, mais savoir que ça m’arrivait, que je vivais une émotion autre que celles de base, non. Chaque ressenti n’était qu’intellectualisé. Si une émotion me rendait mal physiquement je ne faisais juste pas le lien cœur-corps-tête. J’ai peur, donc je serre la mâchoire, donc j’ai mal à la tête sont des corrélations comprises assez récemment.

Note
Beaucoup de personnes autistes, enfants comme adultes, ont souvent du mal à reconnaître, interpréter, verbaliser et contrôler leurs émotions. De façon générale, elles ont du mal à partager les émotions de manière juste et appropriée. – Source : spectredelautisme.com

Demander de l’aide. Piler sur son orgueil. Accepter des conseils…. etc.

Psychologue aidant, les valves à émotions ont été ouvertes à l’âge adulte.

Wow, il y avait plus de variables que je me sens bien / je me sens mal. Je ne maitriserais probablement jamais les nuances aussi subtiles que mélancolie, mais je pouvais maintenant nommer mes ressentis et surtout les écrire. J’ai fait un énorme progrès en surfant là-dessus, mais à un moment, la thérapie a un peu trop bifurqué vers des délires étranges et abstraits à mon goût alors j’ai arrêté ça là puis je suis repartie avec toutes ces belles/pas belles petites pensées anarchiques nommées émotions.

Ben ben beau. Très très le fun si les émotions sont le fun. Mais maintenant, chère autiste pleine de nouvelles émotions toutes neuves et pas logiques qui sont devenues visibles et dont tu as conscience plus que jamais, tu fais quoi si les négatives t’envahissent complètement et que tu ne sais pas gérer ? Tu paniques. Voilà. C’est fait. Et tu ne gères pas. J’ai l’impression d’avoir ouvert la boite de Pandore. Les émotions déferlent en torrent et la psy ne pouvait pas me donner les outils de gestion parce que souvent, ceux proposés étaient incompatibles, trop abstraits avec mon esprit cartésien et rigide d’Asperger. Pas assez schématisé.

Les limites de la psychologie neurotypique.

Il y a un petit truc que les intervenants « normaux » ont bien de la misère à intégrer. Je suis humaine et j’ai donc un paquet de trucs en commun avec les neurotypiques, mais ! Certaines formules sont inapplicables et le cerveau est foncièrement différent. Souvent (pas tout le temps), des psys généralisent et demeurent persuadés que c’est obligatoire que je ressente telle ou telle chose. Ils ont de la difficulté à comprendre que les sources des problématiques peuvent n’avoir rien à voir avec leurs théories. Alors lorsqu’ils empruntent un chemin fermé ils refusent de faire demi-tour pour trouver une voie de contournement.

C’est un sophisme si je te dis, le poisson et le chien doivent manger, le poisson et le chien doivent bouger. Le poisson et le chien doivent faire caca. Donc, le poisson a des besoins identiques au chien. Insensé.

De l’aide urgente à tout prix.

Avec les bouleversements des derniers mois j’étais dans le trouble, pétrifiée avec cette impression de couler, submergée par toutes ces données émotionnelles négatives reliées entre autres à beaucoup de changements majeurs en un trop court laps de temps. Dans ma super liste de perturbations du dernier article, j’ai oublié de mentionner que l’amoureux a même changé sa coupe de cheveux sans m’avertir, ce qui a aussi causé un torrent de larmes ingérables. Ajoutez à cela la culpabilité de réagir d’une manière aussi peu gentille…

Saleté de paquet de troubles, j’avais des infos aléatoires et distrayantes (appelées communément émotions négatives) qui m’empêchaient d’accéder au pragmatisme que je maîtrisais avant. J’étais piégée. J’ai voulu prendre surtout le beau des émotions, mais il semblerait que ma théorie à l’effet qu’on peut séparer les fluides bon, pas bon est non applicable. Des émotions, ça vient tout en tas et je ne peux pas juste vivre les belles. Je suis obligé d’admettre que l’entrée et la sortie des infos mathématisables sont maintenant bouchées. Ça va prendre un robinet à émotions pour vider le surplus. Constat, je ne peux pas installer ça toute seule et je ne peux pas retourner voir une psy qui ne comprend pas quelles sont les zones dans lesquelles ses méthodes sont impossibles à appliquer.

J’ai tellement attendu dans l’espoir que ça se place que j’ai dépassé la zone je suis capable de nager jusqu’au bord toute seule. Alors quand j’ai appelé à l’aide la panique était solidement de la partie, je dirais même que c’est elle qui maîtrisait le jeu. Ma logique s’était sauvée en courant face à cet afflux.

Une intervenante me ramènera au bord et une autre m’entrainera à mieux nager dans le futur.

L’intervenante bouée de sauvetage.

Ce n’est pas quand tu cries au secours que tu te fais enseigner les techniques de la nage papillon. Rapidement, il fallait que je sorte la tête de l’eau et j’ai rencontré cette dame pragmatique, ce qui fait du bien, parce que je n’étais plus capable d’avaler une seule goutte émotionnelle supplémentaire. On parle…

  • Lorsque les émotions sont là ça laisse moins de place au rationnel. Tu sais ce qui fait encore plus mal que l’émotion négative ?
  • Non.
  • C’est de résister contre cette émotion.
  • Je résiste, je refuse, et ça fait mal ici (gorge, poitrine). Mon corps doit penser qu’il peut empêcher le cœur et la tête de se parler. Il bloque. Toi, tu veux que je l’écoute puis moi j’ai tout mis en place pour ne pas l’écouter. D’ailleurs, je le déteste ce corps, je ne sais pas pourquoi on est pris dans cette enveloppe biologique, c’est une prison physique qui nous attaque en permanence avec tous ses stimuli envahissants. Je ne suis même pas certaine qu’il existe pour vrai le corps. Pour vider tout ça, ça me prendrait un robinet à émotions. … J’aime ça les analogies avec de l’eau. On est bien dans l’eau. Dans l’eau c’est calme. C’est silencieux. Dans l’eau je n’ai qu’à me laisser molle et à relaxer et je pop comme un bouchon de liège. Je flotte.
  • Et qu’est-ce qui se passe si tu combats ?
  • Je coule.

Ok, sur ce coup, elle m’a eu l’intervenante d’urgence. Elle est entrée dans mon monde imagé et m’a battue sur mon terrain aquatique. Mais je sais pertinemment que c’est un service pour me sortir la tête de l’eau et qu’à long terme je dois m’outiller mieux, parce que des cieux moins bleus je vais en croiser d’autres. Puis maintenant que j’ai ouvert les valves, je ne peux plus les refermer, je vais ressentir les choses pour vrai. Une fois ouvert, c’est ouvert. Donc…

À la recherche d’une psy configurée compatible TSA.

Ça, c’est une méchante quête compliquée. À l’ordre des psychologues du Québec, on ne m’a pas trouvé de pro dans ma région pour les comme moi. Je ne voulais pas me relancer dans une démarche avec une personne qui bloquerait à chaque fois qu’un de ses processus ne pourrait pas cohabiter dans mon cerveau différent. Je n’avais pas l’énergie pour expliquer, j’avais besoin qu’elle sache, qu’elle comprenne d’emblée parce que j’étais trop épuisée d’avoir autant lutté contre mes ressentis des derniers mois pour expliquer comment ça marche cette tête-là.

Je ne savais plus comment chercher.

J’ai demandé à une personne que j’ai rencontrée dans les activités de la Société de l’autisme de chercher pour moi et elle a fait des petits miracles. Elle a contacté des gens qui ont contacté des gens et j’ai trouvé une psy avec qui je n’ai pas besoin de m’obstiner. Si j’explique rapidement un fonctionnement, elle est déjà au courant alors elle ne tente pas de me convaincre du contraire. C’est juste teeeeeeellement plus facile de se faire conseiller si elle connait les subtilités de l’autisme. Bon. Elle a un peu oublié qu’une Asperger, ça a besoin de beaucoup de clarté alors je me suis trompé de lieu pour le rendez-vous parce que dans ma tête à moi elle n’a que sous-entendu le deuxième emplacement et ça m’a mise solidement en panique, mais j’ai vu pire. Elle ne le sait pas encore, mais je risque de partager ici les astuces qu’elle me donnera si elles sont adéquates… Elle va peut-être m’apprendre des techniques de nage en eaux troubles et à la prochaine série d’épreuves je pourrai revenir plus vite en sécurité au bord.

P.S. Je m’excuse pour l’été vraiment poche (moche pour les français) et inquiétant que j’ai fait passer à ceux que j’aime. Je vais tenter de réparer.

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  • Coeurd’artichaut

    Je pratique un robinet à émotions qui s’appelle la Réévaluation par la coécoute. Quelqu’un t’écoute sans te juger, sans vouloir te changer, en sachant que tu es une bonne personne et que tu as toutes les solutions toi même. Les larmes, les rires, les tremblements, les cris sont les bienvenus. Après on échange, et c’est gratuit. Ca fait du bien!

    • Au royaume d’une Asperger

      C’est spécial, je n’ai jamais entendu parler de ça ! Je pourrais aimer.

  • Nini

    As-tu des piste pour être mieux « outillee»? J ai un nouvel environnement de travail, un nouveau poste, de nouveaux collègues plutôt hostiles, et là, je ne sais pas comment faire pour sortir la tête de l eau (moi j ai plutôt l impression de m y noyer)…..je précise que j ai 35 ans et toute nouvellement diagnostiquée!

    • Au royaume d’une Asperger

      Je n’ai clairement pas assez tout le contexte pour avoir des idées. Si tu rencontrais une psycho-éducatrice spécialisée avec notre type d’autisme ? Elle pourrais faire un grand tour de la question avec toi et te donner des astuces concrètes ? Le CLSC en a… tu es au Québec ?