Hypersensibilité auditive et autisme

Bruit. Musique. Tintamarre. Cacophonie. Harmonie… ou vivre le son comme une tempête.

Valérie-Jessica Les particularités 8 commentaires

Il y a eu une période de mon enfance durant laquelle je n’entendais pratiquement pas. Je ne m’en plaignais pas. On frappait des mains derrière mes oreilles et je n’avais pas de réaction. Lorsque mon entourage en a pris conscience, j’ai été facilement réparée par le système de santé… À part un événement précis dans lequel je n’ai jamais pu comprendre des instructions dites à l’oreille (parce que je ne pouvais pas regarder la bouche de l’animateur en même temps), je ne me souviens pas que cette temporaire grève de mes oreilles m’ait affectée. Au moins, j’étais tranquille à l’intérieur de ma tête.

Maintenant, j’entends trop, bien trop. Et je ne sais pas gérer.

Les super intenses…

Dans mon ancienne maison, le système d’alarme était si super-mégapuissant, que lorsqu’il s’enclenchait je paralysais. J’avais l’impression de devoir me mouvoir à travers une épaisse gelée. Mon cerveau refusait de dire à mon corps comment bouger, le signal tête-jambes était coupé. Un jour, nous avons dû entrer par une fenêtre (pas de clé) et donc, je savais qu’il y aurait quatre ou cinq mètres à parcourir durant lesquels le son me clouerait sur place. Mon fils le plus grand devait avoir six ans et c’est lui qui a dû parcourir cette distance pour se rendre au clavier. Il était bien averti, maman ne pourrait pas l’aider. S’il oubliait le code ou était incapable d’éteindre l’alerte, il lui faudrait revenir par ses propres moyens parce que maman ne pourrait rien faire et il serait coincé là…

Dans ma nouvelle maison, c’est moins assourdissant, donc je suis assez fonctionnelle pour me rendre au panneau quand ça sonne. Sauf si c’est trop long et oups, ça c’est une petite donnée que je ne connaissais pas… L’autre jour, l’alerte a démarré et je me suis précipitée pour la désactiver. Mais oh ! malheur,  ça n’a pas fonctionné du premier coup ni du deuxième.

Phase 1.

En quelques secondes mon corps a de plus en plus ralenti, mes doigts sur le clavier ne m’écoutaient plus. Plus j’essayais, plus j’étais lente. Exponentiellement lente….

Phase 2.

Les couleurs ont commencé à pâlir, à devenir moins saturées, comme si une brume s’installait. J’ai plissé les yeux, tenté de me concentrer le plus possible, mais je n’arrivais pas à déterminer si le voile était le fait d’un feu à la maison (cause de l’alarme) ou encore de mon état de surcharge auditive… Ça m’a pris pas mal de temps pour comprendre qu’aucune odeur n’était présente.

Aller dehors m’a calmée, et une fois mes esprits revenus, j’ai réalisé que l’alerte avait pour source le garage, même pas le même bâtiment. C’est impressionnant à quel point un son intense peut affecter la logique, les autres sens (la vue ici), et la capacité à réagir. L’envahissement est total. L’info me glisse entre les doigts en cas de surcharge sensorielle… les perceptions sont affectées et même si j’en ai conscience, passer par dessus est quasi impossible.

Les personnes autistes perçoivent, entendent et voient le monde différemment des personnes dites neurotypiques.
spectredelautisme.com

Plein de petits c’est comme un gros !

Se faire bouffer rapidement par un alligator ou lentement par une armée de fourmis c’est aussi souffrant, je crois… j’imagine. (Mon fils qui lit par-dessus mon épaule pense que plein de petits c’est pire qu’un gros… ) Je lui mentionne que je parle de sons, il dit que oui, plein de petits c’est pire, c’est de la cacapho…. non. Et il éclate de rire de s’être trompé…

Cacophonie.

J’étais avec une cliente (je suis graphiste). Deux techniciens étaient chez moi pour installer notre nouvel internet/téléphone/télé. Un d’eux a commencé à faire plein de petits bips avec son appareil de vérification du signal (son 1). Son collègue a allumé la télé (son 2) et mon système d’alarme (encore lui), a fait une série de petits avertissements (son 3) parce qu’on touchait à la ligne téléphonique et il n’aime pas ça. Alors, j’ai dû appeler la centrale et la voix de la personne était stressante (son 4). En raccrochant, une abeille est apparue dans les rideaux et comme j’avais peur, je l’ai attrapée avec l’aspirateur (son 5 – le pire).

Je me suis réassise avec la cliente et paf. Plus capable de parler (plus de son plus d’image). Surcharge. J’étais à la limite, en équilibre sur le fil entre la désintégration et le calme. Rendu là, le moindre irritant me détruit. Si elle avait critiqué, paniqué, insisté, n’importe quoi elle aurait eu droit au spectacle qui me fait si honte lorsqu’il se produit. Elle n’a pas dit un mot. Elle n’a pas bougé, rien, elle a attendu que ça passe et ça a passé. Absolument zéro pression, c’est l’idéal. J’ai pris ma petite pause de vide dans ma tête. Et j’ai réactivé les sens un à la fois. Parce que trop c’est trop.

Reprendre le contrôle de l’entrée sonore

Il existe une petite technologie. Avoir su avant…. mais là je sais et je l’ai. Youpi, youpi. Il est possible de bloquer un pourcentage des sons,  certaines fréquences et les impacts sonores importants. Au souper avec la famille de l’amoureux, ça m’a soudainement rendu plus sociable (parlable). J’ai été capable d’aller faire des photos dans un salon de quilles*, pas facile, mais gérable. Ça me fait un trou d’oreille bleu et un trou d’oreille vert. C’est joyeux, habituellement ils ne font jamais de couleurs pour ce modèle, mais vu à quel point ça me tenait à cœur d’avoir de la couleur…

Crédit photo : Hélène Claveau Capteur d’images

Mon amie magique, qui travaille comme professeur auprès des autistes me dit souvent cette phrase : Il faut rendre la personne disponible avant de faire quoi que ce soit, sinon tu travailles dans le vide. Puis moi, si les sons m’attaquent je ne suis pas disponible. Étrangement, couper la moitié des bruits m’aide à être plus présente. Sinon, dans des situations à haute charge sonore c’est comme si les humains me hurlaient dans les oreilles comme des malades, je suis continuellement sur la défensive, à me concentrer mentalement à tenter de bloquer une partie de l’info.

Le beau dans tout ça…

Vous savez quoi ? Le beau de l’hypersensibilité auditive c’est de se délecter de la musique à un niveau près de la transe…, c’est de s’exciter du son de chaque grain de poivre qui éclate lorsqu’on le moult, c’est de penser à mon amie qui a peur de perdre ses oreilles et de ne plus entendre le crépitement du feu et me dire que moi, au moins, j’ai droit à des pauses… Les supers oreilles c’est de savoir bien avant l’amoureux que le véhicule fait un petit bruit suspect, c’est de ne pas être prise au sérieux par le garagiste et lui et se faire dire qu’on hallucine (en riant), c’est être bien contente de dire Nan nan nan j’avais raison les gars !!! lorsque le son finit par empirer et qu’ils trouvent le problème. Trop entendre c’est de devenir complètement envahie par certains sons, oui, mais exaltée par d’autres pour bien me consoler.


* Au salon de quilles, il s’agissait de prendre des photos de personnes avec un handicap. Ça valait vraiment la peine. Voir les photos.

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  • Jean-Guy Paquette

    Je souffre d’hyperacousie, alors dépassé un certain niveau ça commence à faire mal, genre 3 personnes qui rigolent. Mais si je vais en foret, tout à coup la plupart des sons sont à un niveau acceptable et je me met à percevoir mon environnement sonore avec une grande profondeur. Si on est le soir c’est encore mieux, c’est comme être enveloppé dans une douce couverture sonore.

  • Irène Mailleux

    Bonjour,
    Merci pour ce partage. Pas facile pour moi de comprendre à quel point ça peut être difficile à vivre.
    Pourriez-vous m’en dire plus quant à la technologie anti-bruit dont vous parlez ?
    Merci d’avance

    • Au royaume d’une Asperger

      Ce sont des bouchons style ”bouchons de musicien”. Il faut un test avec un audiologiste, ensuite on détermine quelles fréquences doivent être bloquées et à quel point l’ensemble des sons doivent l’être. le test est autour de 75 $ CAD et les bouchons un peu plus de 200 $ CAD. Et ils sont sur mesure, moulés.