Aider une autiste à s'aimer

120 (4) secondes pour aider une autiste à s’aimer.

Valérie-Jessica Les joies, Non classé Laissez un commentaire

La manière dont vous regardez les gens influence grandement la manière dont ils se perçoivent par la suite. Ce que vous me faites vivre, depuis les débuts de ce blogue, ça a changé mes perceptions. Ce matin, mon mini ado m’a dit que c’est incroyable à quel point j’ai gagné de la confiance en moi. Et samedi, c’est une dose massive de reconnaissance que j’ai reçue.

Tout a commencé le 18 avril à 14:23.

Allô ma belle !

J’ai l’honneur de t’annoncer que tu as été sélectionné pour recevoir de la Fédération québécoise de l’autisme le prix Michel Francoeur ! En 2016, à l’occasion du 40e anniversaire de la FQA, la Fédération a créé deux Hommages : l’Hommage à la différence, qui salue l’apport des personnes autistes à la communauté, et l’Hommage à l’innovation qui salue les réalisations en autisme. Depuis 2017, l’Hommage à la différence s’appelle le Prix Michel Francoeur.

Et pourquoi c’est moi qui t’annonce ça ? Parce que j’avais proposé ta candidature pour Le coup de chapeau, mais Jo Ann Lauzon de la Fédération québécoise de l’autisme vient de m’appeler pour me dire de t’annoncer que tu remportes le top des prix celui de Michel Francoeur ! 😀 Elle va communiquer avec toi pour tous les détails, mais elle voulait que je te l’annonce en premier. 😀

Félicitations et MERCI pour tout ce que tu fais xxxNadia Lévesque

Elle, c’est une maman d’autiste. Pas une autiste. Ça c’est mission réussie. Ça, ça veut dire que mon objectif de réunir les deux univers n’était pas utopique. Ça fonctionne.

Après beaucoup, beaucoup de questions et de courriels, notamment à propos de la durée exacte du mot de remerciement, samedi, je suis allée à Montréal récupérer mon joli cadeau bleu.

Et j’ai dit merci. Durant 120 (4) secondes.

En parlant très très vite…

Quand j’ai appelé tout excitée, mais méga stressé avec des tas de questions pour m’informer à propos du pourquoi et du comment de ce prix, Jo-Ann m’a dit que je devais — (pouvais) — parler durant 2 minutes pour dire merci. C’est un peu paradoxal, dans le fond, c’est vous qui me dites merci et moi je réponds, MERCI !

Ça c’est 120 secondes de merci.

Mais moi j’aime ça parler et 120 secondes c’est très peu pour une ultra volubile comme moi. Vous voyez, j’en ai déjà 19 d’utilisées. Et comme j’ai roulé 475 km pour me rendre dans une ville qui sent bizarre, je voulais optimiser mes 120 secondes alors j’ai écrit mon texte pour éviter de paranoïer sur le temps qui file. Ça m’angoisse le temps. Hein Jo-Ann ?

Je pense que si tout le monde se dit merci comme ça, aujourd’hui, c’est parce qu’on fait vraiment une bonne équipe. Les neurotypiques et les autistes, on travaille vraiment fort chacun depuis notre univers pour comprendre celui de l’autre et créer des ponts. C’est ce contexte-là qui fait qu’une fille comme moi, une personne qui avait honte de ne pas arriver à vous imiter, une personne qui avait peur de tout le monde peut aujourd’hui avoir un blogue, faire des petits vidéos, donner des conférences et surtout, surtout, peut tisser des liens avec des personnes qu’elle aime et qui l’aiment. Puis ça, c’est précieux. Ça vient avec une ouverture mutuelle et j’en suis très très reconnaissante.

Quand j’ai appris que j’étais autiste, j’ai quand même un peu paniqué. Je savais déjà que j’avais des tas de ‘’lacunes’’ ou d’irrégularités par rapport à la population générale. Je mettais toute mon énergie à tenter de les cacher puis ça ne fonctionnait pas. Depuis la prématernelle, l’image que j’avais de moi c’est celle de quelqu’un qui est dans une sous-catégorie pas digne des autres et donc, avec pas les mêmes droits et privilèges. Et là vous m’ajoutez l’autisme ? Ouch.

Donc je suis allé sur internet pour fouiller, pour comprendre c’était quoi ce truc. Et je suis tombée dans la marmite. Une marmite qui mijotait déjà depuis plusieurs années, avec des blogueurs, des auteurs et des gens comme vous, qui avaient bien préparé toute la recette avant que j’arrive. Puis là j’ai compris c’était quoi, ça s’appelle la différence. Si ce n’était pas du gros travail que vous avez tous effectué avant que j’arrive, je serais coincée encore une fois avec ce sentiment négatif et je serais probablement passée à côté de tout le beau.

Puis comme je ne suis ni raciste ni homophobe, tout à coup, être différente, c’est devenu beaucoup moins dramatique. En y pensant même un peu plus, c’était peut-être positif. Peut-être que tout ce que je voyais comme étant mes déficits était accompagné du revers de la médaille, le beau côté. Peut-être que le manque de filtre vient avec l’intégrité, le manque d’élégance avec un cœur d’enfant et que les hypersensibilités, ça peut être parfois très amusant quand c’est bien utilisé. Peut-être même, que je finirais par me rendre compte que les neurotypiques, pour beaucoup d’entre eux, aiment les différents et que plus ils sont informés, plus ils sont ouverts. Alors vous, vous informez, et moi aussi j’informe, avec mes mots, puis c’est pour ça qu’aujourd’hui j’ai fait 475 km de route et j’en referai autant tout à l’heure pour venir dire merci durant 120 secondes.Valérie Jessica Laporte

J’ai dépassé de 4 secondes, mais c’est parce que j’ai pris deux pauses de deux secondes dont une, pour ne pas pleurer.

Merci à la Fédération québécoise de l’autisme pour cet honneur dont je me souviendrai longtemps.

Merci à Nadia Lévesque d’avoir pensé à moi.

Merci à Jo-Ann Lauzon et à Annick Lavogiez pour les échanges de courriels.

Merci à Geneviève Leclair pour le transport et les rires.

Merci à tous ceux à qui j’ai parlé là-bas, mais dont je ne sais plus les noms.

Merci à Mathieu Giroux de m’avoir présenté ces personnes inspirantes que je ne connaissais pas.

Merci.

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