Au royaume d'une Asperger - La posture

La posture.

Valérie-Jessica L'enfance Laissez un commentaire

Quand je pense aux manifestations physiques de ma différence étant enfant, c’était principalement ma posture lors de la marche, je crois, qui frappait le plus. Raide comme un piquet, je semblais n’avoir qu’une seule grande articulation au niveau du bassin. Je marchais donc le dos plié vers l’avant en regardant au sol et je n’ai jamais vraiment découvert ce que je devais faire de mes bras. On me l’a souvent mentionné et ma mère me faisait même marcher avec un livre sur la tête avec bon espoir de me faire redresser le corps. Le livre tenait quand même malgré le postérieur qui continuait de pointer vers l’arrière. Je crois comprendre votre frustration de parent. Si un de mes enfants se baladait en affichant ainsi haut et fort des indices d’une différence, je trouverais ça difficile. J’aurais peur qu’on le rejette, peur qui n’est pas sans fondement. Ouvrir les yeux sur cette mauvaise habitude fut une chose mais la briser fut définitivement plus laborieux.

Pourtant, adulte, c’est fait. C’est une question de respiration pour moi. Je marche comme si je devais dégager mes poumons et je suis capable de me convaincre qu’il faut reculer les épaules. Si votre enfant refuse, non pas par mauvaise volonté, d’adopter une démarche plus naturelle, sachez que ce n’est pas peine perdue. Il y a tellement d’autres priorités pour une personne vivant avec l’asperger que la prise de conscience de l’enveloppe qui nous abrite, ce n’est pas quelque chose qui se réglera facilement, mais c’est possible. N’espérez pas, par contre, me voir maitriser le déhanchement langoureux ou la démarche sensuelle, je n’ai jamais su me dandiner et je n’en éprouve pas de grande perte. Je me déplace d’une manière un peu saccadée, mais je vois plutôt ça comme une manifestation de la détermination qui m’habite. Je ne sais toujours pas où mettre mes bras mais ce n’est pas dramatique. Des fois je réalise qu’un des bras fait son travail d’élan en avançant d’avant en arrière et l’autre pas, alors je redémarre les deux pour avoir un rythme adéquat, mais c’est si peu de choses. J’ai l’air légèrement originale ? Sans plus je crois, du moins je l’espère.

Tout ça pour dire qu’il n’y a nul besoin de ressentir de la colère face à l’enfant autiste qui ne comprend pas votre demande sur la posture, je crois qu’il faut plutôt lui faire ressentir son corps, ce lieu qu’il habite.

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