passer d'un contexte àa l'autre quand tu es asperger

Passer d’un contexte à l’autre sans préparation mentale. Ouch.

Valérie-Jessica Les changements, Les défis Laissez un commentaire

Il y a tellement de choses qui ne sont pas naturelles chez moi, tellement d’action que je dois en permanence décortiquer, planifier et visualiser alors qu’elles sont instinctives pour les neurotypiques. Comme j’en ai vraiment beaucoup trop, il faut que je les range dans des sections du cerveau pour les sortir seulement lorsque j’en ai besoin. Mais pas toutes en même temps. Non, non.

Je dois fonctionner par contextes et activer-désactiver les fonctions relatives à la situation. Ça demande de la préparation. C’est une autre des raisons pourquoi j’arrive à l’avance partout, j’ai besoin d’un temps, un espace tampon, pour le changement de fonction de moi.

Un téléphone pas fiable

Mon cerveau fonctionne comme un téléphone dont tu ne peux ouvrir toutes les fenêtres à la fois. Tu dois choisir. Si tu décides de répondre au téléphone pendant que tu joues à un jeu en ligne, le jeu plante et parfois l’appel aussi. C’est le même principe.

Certains contextes demandent un plus grand investissement d’espace libre au cerveau que d’autres, par exemple, le vélo. J’ouvre certaines sections du cerveau et j’en ferme d’autres. Comme les neurotypiques prépareraient leur équipement, je dois outiller ma tête pour qu’elle effectue correctement la tâche. Je dois m’investir totalement dans mon rôle si je veux fonctionner. Il y a tant à gérer. Mon corps, les stimuli, la piste…

Brusque changement de contexte

C’est pourquoi lorsqu’à la fin de la randonnée une dame s’exclame en réalisant que mes bouts de cheveux sont bleus, je dois rapidement « répondre au téléphone » de mon cerveau, soit changer de mode de fonctionnement et traverser vers les fonctions sociales pour exprimer ma joie face à mes cheveux et interagir correctement parce qu’elle a été gentille.

Le cerveau oublie immédiatement que je suis à vélo. Il a besoin de ses deux mains pour attraper les cheveux mentionnés. Il laisse tout tomber. Le vélo s’écrase au sol, je brise mon sac de selle, m’égratigne la jambe, mais surtout, je reçois le guidon en métal sur le gros orteil. Beaucoup trop d’information!

Gérer le trop-plein d’information

Tout ce que je trouve à faire c’est de mettre mes mains sur mes yeux pour retirer une partie des stimuli extérieurs parce que là il y en a juste trop. Ensuite, je commence à répéter en boucle : Je dois gérer mon orteil, je dois gérer mon orteil, je dois gérer mon orteil… j’ai mal à l’orteil, il faut que je le gère.

Je n’ai plus aucune idée de qui m’a parlé de mes cheveux, en fait, je ne me souviens même pas pour l’instant que ça s’est passé. Je ne fais que penser à mon orteil. Il clignote pour envahir tout le reste des interactions. Je n’arrive pas à ramasser mon vélo par moi-même, car mon orteil a décidé que c’était lui dorénavant, le nouveau centre de l’univers.

Préférer en rire

Plus tard je réaliserai qu’il était très correct mon orteil. Il n’est même pas bleu. Mais ce n’est pas une information à laquelle j’ai accès lorsque ça vient juste de se produire.

Mon ami (et accompagnateur), m’aide comme il peut, avec son pragmatisme légendaire. Nous nous dirigeons vers la maison et l’orteil commence à se calmer. C’est là que je réalise le ridicule de la situation.

  • Est-ce que j’avais l’air quand même un peu normale?

  • Non.

  • C’était si pire que ça?

  • Beaucoup trop de confusion pour le contexte. S’ils ne savaient pas que tu as quelque chose de différent, là ils sont au courant.

On a tellement attrapé un solide fou rire. J’en avais les yeux pleins d’eau.

Tout ça parce que le changement de contexte m’a fait complètement oublier le fait que j’avais un vélo dans les mains. C’est aussi ça être autiste. Mais vaut mieux que les gens le sachent, sinon j’ai juste l’air d’une princesse hystérique qui panique au moindre bobo. Bon, ça s’en rapproche un peu, mais pas pour les mêmes raisons. Rire.

Ce n’est pas pour rien qu’on a de la difficulté avec les changements et les imprévus. Ça cause bien trop de brouhaha dans nos cases classées du cerveau.

Partagez cet article

Aimez la page Facebook pour être informé des nouvelles publications.