Une perpétuelle peur que tout s’écroule ou l’hypervigilance en autisme

Valérie-Jessica Les défis, Non classé Laissez un commentaire

Mon médecin m’a demandé si je me faisais des scénarios de choses qui pourraient arriver. Sérieusement?

Être autiste est un état d’alerte quasi constant.

J’ai l’impression que si je relâche le qui-vive un seul instant, l’entièreté de mon petit monde va s’effriter et je perdrai tout ce que j’ai mis des années à bâtir. Ça dévore plein de morceaux de mon énergie-émotions parce que j’ai peur tout le temps.

J’aimerais être en confiance, mais ce serait faire preuve de naïveté. Je suis comme une sculpture de sable contre qui se fracassent vagues et vent. Il faut ajouter de l’eau, surveiller les côtés, solidifier les facettes qui se fragilisent et si je m’endors, au réveil, la totalité de ce que je suis aura fondu. Je dois donc me surveiller en permanence. Ça m’angoisse.

Hypervigilance

La seule manière que j’ai trouvée pour gérer et fonctionner est de m’imaginer en permanence les pires scénarios. Comme ça, s’ils surviennent, je serai préparée et je pourrai les affronter. Sauf que tout devient source de possible désastre.

Exemple concret. Une heure de Zumba

Et si…

Et s’il y a une nouvelle personne et qu’on me demande de changer de place? Ça m’a pris des mois pour trouver un semblant de stabilité mentale et des repères dans ce cours, je ne veux pas changer de place, tout serait à recommencer. Si je dis non, on pensera que je suis égoïste, si je dis oui, je ne fonctionnerai plus. Je ne pourrai plus revenir. À chaque fois qu’il y a une nouvelle participante, je suis inquiète.

Et si…

Et si la distorsion du son se prolonge sur deux chansons, et si je n’arrive plus à contenir la panique qui me submerge, et si je termine au sol en mode tortue? À chaque fois qu’une nouvelle composition se projette moins bien dans les haut-parleurs, je crains qu’elle soit suivie par une autre ayant le même problème. Je mets tant d’énergie à me contrôler pour le laps de temps d’une seule chanson, s’il fallait que la suivante me fasse autant souffrir?

Et si…

Et si du fait d’une panique on me suggère d’éviter le cours? Si on me dit que c’est peut-être trop difficile pour une autiste? Je me sentirai à nouveau mise de côté, rejetée…

Et si…

Et si les poids qui ne puent pas le métal ne sont pas disponibles? Si je suis obligée de toucher ceux pleins d’aspérités? Si mes mains répètent l’odeur envahissante pour la projeter de manière exponentielle dans ma bouche, dans ma gorge et dans toutes les parois qui sentent et goutent, et si je pleure de ce fait?

Et si…

Et si je n’arrive pas à maintenir la symétrie de la pression entre mes chaussures et à équilibrer mes sensations? Et si je surcharge suite à ce déséquilibre irréparable? Et si je réagis comme je le fais parfois, en arrachant mes chaussures de toute urgence et que je deviens d’apparence hystérique et que je me mette à me gratter sans pouvoir arrêter pour rétablir un semblant de justice entre des portions de peau miroir?

Et si…

Et si je laisse encore échapper un truc qui heurte, comme lorsque que la coach m’a dit de ne pas m’inquiéter pour elle relativement à sa capacité à se débrouiller avec un truc informatique et que je lui ai répondu devant tout le monde que oui je m’inquiétais parce qu’elle n’était ‘’vraiment pas bonne’’ là-dedans. Et si je lui faisais de la peine?

Et si…

Et si j’accroche quelqu’un en faisant un mauvais mouvement et que je lui fais mal? Et si la personne se fâche? Si on est en colère contre moi, je me déconstruis instantanément. Il ne faut jamais que ça arrive.

Et si…

Et si quelqu’un se décide à me toucher alors que je ne m’endure déjà plus à cause de la sueur? Si je réagis avec dédain parce que ma peau m’est déjà insupportable et qu’on vient en ajouter, la personne pensera que c’est elle qui m’écœure alors que ce n’est pas le cas et je risque de la blesser.

Et si…

Et si le ventilateur se remet à siller, s’il projette à nouveau ce son aigu qui me paralyse, est-ce que cette fois je vais arriver à m’extraire à temps de la pièce ou est-ce que je vais mettre tellement de temps à trouver mes repères que je vais faire ce qui ressemble à une crise de panique?

Une grande portion de l’heure Zumba est consacrée à alterner entre ‘’gère-toi, gère-toi, gère-toi’’ et ‘’si tu ne te gères pas voici ce qui arrivera’’. Je suis épuisée, mais pas de corps, je suis épuisée de cerveau.

Le jugement ou le non-jugement

La grosse différence qui fait que je suis capable d’y aller quand même est l’absence de jugement et l’ouverture de la coach et des autres participantes. Imaginez un contexte sans cette belle ouverture. Ce serait inenvisageable de m’imposer ça. Je fuirais. Ce serait juste trop.

La Zumba malgré l’intense sollicitation que ça m’impose, demeure un vecteur important de compréhension de mon corps duquel je n’ai jamais eu vraiment l’impression de faire partie. J’ai envie de continuer et la gentillesse du milieu me permet de le faire. Merci pour ça. Vous, neurotypiques, ne pouvez pas nous enlever nos défis, mais vous pouvez clairement nous offrir un environnement sain émotionnellement.

L’anxiété demeure mon plus gros défi.

L’amoureux ne me reproche pas d’être autiste. Il ne me demande pas de tenter de changer qui je suis. Par contre, il constate bien que l’anxiété me dévore et il est persuadé que je pourrais arriver à la faire baisser. Alors je cherche. Et je trouve peut-être. À suivre…

Partagez cet article

Aimez la page Facebook pour être informé des nouvelles publications.