Émoji surpris portant un masque avec un arrière plan de labyrinthe et de points d'interrogations

10 conséquences du masque quand tu es autiste!

Valérie-Jessica Les changements, Les défis, Non classé Laissez un commentaire

1 – Les humains n’ont plus de bouche!

Difficulté à interpréter les émotions et réactions

J’ai passé des années à étudier les micromouvements de la bouche pour maladroitement tenter d’identifier ce que vous pouviez bien être en train de ressentir ou quelles étaient vos intentions. Quand vos lèvres se retroussent et que vos dents se collent, branle-bas de combat, je dois fuir parce que vous êtes fâchés très fort. Si vous remontez le tout, mais sans vous crisper, en me montrant les dents du haut, vous êtes contents! Si la zone s’amollit et que les lèvres ne se touchent pas, que ça tremble de manière quasi indétectable et que vous ne bougez presque pas, vous êtes sur le point de pleurer, je dois adoucir mon ton et ouvrir une porte de communication. Votre respiration, la moindre de vos contractions, c’est la bouche ma référence. Vos yeux, à part les lignes entre les sourcils pour la contrariété, je n’y comprends rien. Des yeux pour moi, c’est malaisant, intense, étrange! Je regarde les bouches et enfin je fonctionne. Me forcer à regarder dans les yeux est souffrant.

Le contact visuel peut aussi être une expérience difficile, inconfortable, stressante, distrayante et exigeante sur le plan sensoriel. Certaines personnes autistes le décrivent même comme étant douloureux.Source : spectredelautisme.com

2 – Les personnes sont bizarres

Agissements et comportements déstabilisants

Pour nous, les choix et agissements des neurotypiques sont souvent aussi étranges que les nôtres le sont pour eux. D’un côté comme de l’autre, on s’habitue doucement à nos différences. On trouve des moyens pour fonctionner et pour s’adapter et c’est déjà un défi de tous les jours. Mais à cause du masque, du jour au lendemain, les humains viennent d’ajouter plein de données différentes à leur répertoire. Tout à coup, un pan de la population devient plus anxieux qu’à l’ordinaire, plusieurs personnes sont en hypervigilance, d’autres sont irrités, colériques, frustrés et fatigués de la situation. Et il y a ceux qui se baladent en affichant une défiance agressive, provocatrice. Entre eux, ils se jugent, s’emportent, se surveillent ou se méprisent dans leurs choix opposés. Les comportements auxquels nous nous sommes doucement habitués sont désormais démantibulés, chaotiques.

3 -Embouteillage de messages du corps

Surcharge sensorielle

Si je fais mon marché, j’affronte le petit embouteillage des voitures à l’extérieur avec les conducteurs qui s’impatientent de ne pas pouvoir se faufiler comme ils le souhaiteraient. Mes épaules remontent, je vis de la frayeur. J’entre et l’odeur s’insère, percutante, variée, une orgie dans laquelle s’ébattent aliments frais, aliments jetés, produits nettoyants, parfums sur les corps et produits nettoyants.

J’applique sur mes mains cette texture gluante, collante et intrusive. J’écarte les doigts, je voudrais pouvoir l’ignorer, mais elle me nargue en ajoutant cette odeur insupportable qui n’arrive quand même pas à me faire faire abstraction des autres.

Le tourniquet me dénonce de son strident bip. Les caisses s’époumonent à créer encore plus de bips et mon chariot grince. Ceux des autres aussi. J’entends les chariots élévateurs de l’entrepôt, les ventilateurs, des enfants qui pleurent, insistent, protestent. Des parents qui parlent fort, parce que le masque!

Les lumières sont instables, il y a ce presque imperceptible clignotement sur lequel je dois me réajuster en millisecondes. Il y a cet excès d’informations visuelles, ces annonces de prix, des étalages qui couvrent mon champ visuel et des arrangements à faire tomber en dépression les adeptes de Feng shui.

J’ai tout ça déjà, cette balade est un cauchemar et soudain, le masque! Je l’entends qui s’allonge et se rétracte, le tissu est sonore. Ma respiration est grande, amplifiée, intense! J’ai l’impression d’être Dart Vador. Ça me fait peur, comme si j’étais sous l’eau. Mes lunettes glissent et le plancher ainsi, ne cesse de changer de place. Le tissu me brûle, me chatouille et me pique à la fois. J’étouffe. J’ai peur de la crise. Je dois l’éviter. Mon corps me protège parfois en me faisant croire que je suis tout près de m’endormir. Il ne sait par comment gérer cette nouvelle agression correctement alors il s’épuise, ou il panique.

4 – Le cerveau priorise

Tout ne peut pas être géré

L’aspect social et l’aspect sensoriel sont si affectés, que le cerveau n’a plus la possibilité de gérer certaines tâches moins naturelles. Mon filtre, malgré celui du masque 🙂 (ne pas dire des niaiseries en public et tout ce que je pense n’a pas à être nommé), ce filtre déjà imparfait, présentement, avec le masque, il ne fonctionne plus. Ça cause des situations comme mentionner à la caissière «T’as ben l’air désespérée! » au grand dam de ma fille qui m’a allègrement disputée pour mon intervention. Ça fait que suivre les flèches au sol, malgré toute la bonne volonté du monde, c’est n’importe quoi. Je me retrouve toujours dans le mauvais sens quoi que j’y fasse. C’est de tellement être en panique que je ne sais plus identifier les débuts et les fins des files d’attente qui sont différentes d’avant et que je dépasse des gens sans le vouloir. C’est de foncer dans des murs, dans des gens et dans tout ce qui se trouve entre moi et le point que je tente d’atteindre. C’est d’avoir des difficultés énormes à descendre les escaliers parce que visuellement, avec le masque, ce n’est pas pareil de regarder au sol.

5 – Le monde est plein d’inconnus

Prosopagnosie empirée

Pour les autistes qui ont gagné la prosopagnosie (difficulté sérieuse dans la reconnaissance des visages) au gros lot des comorbidités associées, bingo! Vous arriviez tant bien que mal à savoir qui est qui selon les contextes parce que vous saviez que les gens seraient là. Avec les masques, c’est fini ce temps-là. Maintenant, tout le monde est inconnu. Je vis dans un secteur dans lequel je croise régulièrement des gens que je connais quand je sors. Depuis mars, je n’ai croisé personne, c’est statistiquement impossible. Ça veut dire que parmi toutes les personnes qui m’ont parlées, je n’avais aucune idée de qui elles pouvaient bien être. La voix n’est même pas pareille, ça n’aide pas!

Article sur la prosopagnosie – Lire

6 – Ce n’est pas toujours logique!

Incohérence du message officiel et des agissements des responsables

On nous a dit que le masque était inutile lorsqu’on en manquait et tout à coup il l’est, utile. On le sait qu’entre les deux, quelque part, on nous a menti. On comprend la logique… si on avait manqué de masques pour les situations prioritaires ça aurait été pire. C’est ça que les neurotypiques appellent un mensonge blanc? Ça demeure un mensonge quand même et à cause de ça et de multiples autres incohérences du message, beaucoup d’autistes se sont juste fermés à ce message. Aux mensonges, leur réponse est de tout rejeter en bloc. Les incohérences nous heurtent plus fortement que la population non autiste. On y réagit très mal.

Et les gens des commerces font n’importe quoi. Ils nous surveillent comme des molosses enragés, mais leur nez dépassent du masque et ils se touchent le visage sous le masque avant et après avoir touché nos articles. Le personnel des hôpitaux (secteur test de Covid) porte le masque n’importe comment sans bien se protéger. On a vu deux personnes à tout nettoyer derrière chaque nouveau patient devant être testé, mais les gens qui testent font n’importe quoi et mettent tout le monde à risque. Quelle mascarade!

C’est illogique. C’est incohérent. Ça n’arrête pas de changer. On ne sait jamais quel sera le nouveau message à suivre, ça nous fait solidement paniquer!

7 – Exclusion forcée

Confinement extrême pour certains autistes

En abordant le sujet sur ma page Facebook, j’ai eu la douleur d’apprendre que pour certains autistes, toutes ces contraintes, tous ces défis reliés au masque, c’était trop pour eux. Plusieurs se sont vus confinés à la maison, sont devenus incapables de sortir, de fonctionner comme avant, parce que ce changement était insurmontable. Que ce soit sensoriel (masque trop souffrant) ou pour d’autres raisons, ces personnes viennent de vivre un énorme recul dans leur autonomie.

8 – Joie 1 – Les gens ont arrêté de nous toucher sans bonne raison!

Le respect de la bulle

On est tellement d’autistes à se sentir agressés et attaqués par tous les touchés non demandés. On nous enlace, on reçoit parfois des becs sur les joues, on nous attrape le bras, on nous pousse, on nous tape l’épaule, certaines personnes attrapent même mes tresses bleues!!! La bulle n’est pas respectée, les gens ne comprennent pas et certains, vraiment, ne veulent pas comprendre. Dans mes amitiés et dans mes loisirs, je suis respectée désormais, mais dans d’autres contextes, certaines personnes imposent délibérément des gestes qu’ils savent être souffrants pour moi. Et avec le Covid, c’est terminé! Joie. Hourra! C’est fantastique. J’ai une bulle.

Article sur la bulle – Lire

9 – Joie 2 – Camouflage social

Plus besoin de grimacer des fausses expressions et possibilité de se cacher

Ce n’est pas un défi que je vis, car je suis très expressive. Bon, il parait que je ne fais pas les bonnes expressions au bon moment, mais on ne peut pas tout avoir. Rire.

Ce que j’ai appris cette semaine, c’est que pour plusieurs autistes, la pression sociale relative au sourire et aux autres expressions est très lourde à porter. Soudain, le masque les a libérés. Ils ont enfin la paix de ça. D’autres sont heureux d’être incognito et certains m’ont mentionné se sentir maintenant comme des superhéros. Merci aux lecteurs de m’avoir fait découvrir ce bienfait que vous vivez, je n’y aurais pas pensé.

10 – Joie 3 – Les neurotypiques vont enfin comprendre ce qu’est de s’adapter.

Notre effort d’adaptation à l’environnement est parfois difficile à imaginer

L’environnement dans lequel nous vivons est conçu pour une majorité. Les différents doivent donc en permanence s’adapter, s’outiller, contourner les problèmes ou alors ils évitent des lieux ou des situations parce que leur cerveau ne peut juste pas supporter. C’est surtout dans ces contextes que je trouve que l’autisme devient un handicap. Une certaine permission nous est enlevée sans le faire exprès ou alors, on peut vivre les choses, mais en payant un prix assez lourd (souffrance, épuisement, perte de capacités). Il y a donc une petite taquinerie qui circule depuis le masque. Les neurotypiques qui ont de la difficulté avec son port, on se dit qu’ils vont enfin comprendre ce qu’est de s’adapter. Ce n’est rien un masque si on compare à notre adaptation quotidienne. Nous en profitons donc pour gentiment en rire un peu.

Mise au point.

Je ne m’exprime pas sur le port du masque. Je n’ai aucune formation médicale et ce n’est pas mon métier d’en débattre. Ce texte vise simplement une meilleure compréhension du défi qu’il représente pour la population autiste. Si le masque affecte notre énergie, notre humeur et notre tolérance à certains contextes, ce texte permettra d’expliquer.

Se comprendre mutuellement est constructif. J’en profite pour remercier la population neurotypique pour son ouverture aux différences qui est de plus en plus grande. On sent un changement majeur dans les perceptions et c’est apprécié.

Entrevue radio sur le sujet !

Merci à Radio-Canada pour la confiance.

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